Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/504

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vertes très appréciées de l’humanité[1]. Sauf ces cas rares, la tendance à une moindre inégalité des revenus est incontestable.

Cette proposition qui deviendra chaque jour de plus en plus vraie se heurte, néanmoins, à beaucoup de préventions. Le préjugé public est contre elle. La foule et tous les esprits irréfléchis admettent que la répartition des revenu se fait d’une manière de plus en plus inégale. La jalousie, l’envie et aussi ce sentiment qui porte l’homme à l’admiration, trouvent leur compte dans de ridicules exagérations sur le nombre et l’importance des grandes fortunes. Les journaux propagent encore dans le public ces idées fausses. Ils attribuent à chaque financier un nombre de millions quintuple ou décuple de ceux qu’il possède réellement : ils dotent chaque riche héritière d’autant de millions qu’elle a de centaines de mille francs. En se promenant dans les avenues élégantes des grandes villes, en admirant de fastueux hôtels et de luxueux équipages, le bourgeois qui va à pied ou en fiacre et qui demeure au quatrième suppose qu’il y a des dixaines de milliers de personnes autour de lui ayant des centaines de mille francs de rente.

J’ai toujours été étonné, attristé en même temps, de cette sorte de badauderie qui change complètement la face de la société. Des réflexions nombreuses, approfondies, l’examen de tous les documents instructifs, l’étude de tous les indices, la connaissance aussi de beaucoup de cas particuliers, m’ont démontré que les grandes fortunes sont partout infiniment plus rares qu’on ne le suppose, qu’elles représentent en revenu une partie infime du revenu national, et que les fortunes moyennes elles-mêmes ne sont ni aussi fréquentes, ni individuellement aussi grosses qu’on l’admet. La France et cette ville brillante entre toutes qui s’appelle Paris ne font pas exception à la règle générale.

  1. Ces découvertes, peuvent être essentielles ou frivoles, peu importe. Il suffit qu’une fraction importante de l’humanité les apprécie. Un parfum, par exemple, une eau de toilette, peuvent mener à une grande fortune, tout comme un procédé pour fabriquer l’acier ou pour l’éclairage électrique.