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que la théorie et la pratique des assurances ont fait plus de progrès dans ces trois années que pendant les trente années antérieures. La route du progrès est jonchée de ruines et de débris humains mais une fois que le passage est ouvert et déblayé, que le chemin est connu, l’humanité y marche sans danger, sans regrets, sans se souvenir même de ceux qui l’ont parcouru en tâtonnant et qui souvent y ont perdu la fortune ou la vie. La spéculation, que l’on accuse tant et qui, en effet, est une effrontée sans pudeur ni scrupules, a fait néanmoins son œuvre admirable : par pur égoïsme, pour offrir au public l’appât de combinaisons nouvelles, elle s’est montrée ingénieuse, inventive. L’assurance contre l’incendie s’est développée, elle s’est appliquée aux chômages par suite d’incendie, ce qui est un progrès considérable : c’est une société toute de spéculation, la Foncière, qui a introduit en France cette nouveauté. Les assurances contre les accidents se sont multipliées sous toutes les formes ; celles sur la vie se sont perfectionnées. Ainsi au prix des pertes des premiers souscripteurs, l’humanité se trouve en possession de sociétés beaucoup plus agissantes, ayant des domaines plus variés et plus vastes, étendant la protection de leurs indemnités à des catégories beaucoup plus nombreuses et plus diverses de sinistres.

Ce serait sortir du cadre de ce livre que de s’étendre sur ces sujets ; ce serait encore davantage s’en écarter que de décrire toutes les combinaisons heureuses de salaires progressifs, de participation aux bénéfices, de coopération. Nous en avons examiné scientifiquement le principe dans un autre ouvrage[1] ; nous avons essayé d’y redresser les confusions de langue ou de pensée, les exagérations intempestives que certains de ces systèmes provoquaient, ce qui ne veut pas dire le moins du monde que nous ayons de l’indifférence pour ces essais de rémunération perfectionnée ou d’association. Nous pensons même qu’on n’a pas tiré de ces modes variés tout le parti qu’ils comportaient, et sans croire en aucune façon à la suppression du salariat,

  1. La question ouvrière au XIXe siècle.