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surexciter les nerfs, et par détruire l’équilibre des facultés de l’homme. On fera bien de borner ses espérances à la journée de 10 heures et plus tard peut-être de 9.

Les loisirs de l’ouvrier se sont, on l’a vu, singulièrement accrus en Europe depuis trente ou quarante ans ; ils sont encore en voie d’accroissement, et l’on peut presque craindre qu’on ne commette à la longue quelque excès de ce côté. Les plaintes que la grande industrie abuse des forces de l’homme se rapportent, pour la plupart, à la période chaotique d’installation première. Les abus qui subsistent encore disparaissent un à un chaque jour, par l’action, soit de la raison sur les patrons, soit de la loi sur tout le monde, soit aussi par l’influence des ouvriers sachant se concerter entre eux. Un jour prochain, il ne restera guère rien des griefs légitimes que les observateurs impartiaux adressaient, il y a peu de temps, au régime des manufactures. Sans doute, on ne pourra supprimer toutes les conséquences, parfois fâcheuses, de l’agglomération d’un grand nombre d’êtres humains dans de vastes ateliers, non plus que faire disparaître tous les dangers de certaines professions. Cependant, même contre ces maux, la science, la philanthropie, la morale, l’accord des intéressés, la loi elle-même ont, si ce n’est des remèdes absolus, du moins des palliatifs. La commodité et la sécurité du travail de l’ouvrier tendent à augmenter, même dans les mines, même dans les occupations les plus dangereuses.

La civilisation a-t-elle aussi accru et peut-elle accroître les garanties qui sont offertes à l’ouvrier contre les maladies, contre les accidents, contre le dénuement de la vieillesse ? L’affirmation est d’une incontestable vérité.

Pour ce qui est des garanties matérielles contre les maladies, les accidents, on les trouve dans une hygiène de jour en jour meilleure des ateliers et des logements, dans l’usage d’instruments qui permettent de triompher des forces nuisibles, de prévenir les explosions, etc. : on a encore, sans doute, beaucoup d’améliorations à faire sous ce rapport ; mais on les fera.