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la journée à douze heures au-dessous de dix-huit ans. Cette loi fut combattue pour les mêmes raisons qu’on oppose aujourd’hui à la réduction nouvelle que nous demandons. On dit alors au Parlement, comme aujourd’hui, que le produit du travail diminuerait avec sa durée, que les salaires tomberaient avec la production, que nos manufactures ne pourraient soutenir la concurrence avec l’étranger, et qu’en résumé l’intervention de la loi, au lieu d’améliorer, aggraverait la situation de la population ouvrière. Relisez les débats de cette époque, et vous croirez lire un compte rendu de la séance de cette nuit. La Chambre n’a pas tenu compte de ces sinistres prophéties. La durée du travail a été limitée. Les salaires sont-ils tombés ? L’industrie cotonnière a-t-elle a abandonné Manchester pour la France ou l’Allemagne ? La condition de la classe ouvrière a-t-elle empiré ? n’est-il pas universellement reconnu qu’aucune des calamités qu’on prédisait ne s’est réalisée ? »

Un autre passage du discours de Macaulay, où il parle du repos du dimanche, exprime avec une pénétrante éloquence les mêmes vérités :

« L’homme ! l’homme ! voilà le grand créateur de la richesse. La différence entre le sol de la Campanie et celui du Spitzberg est insignifiante à côté de la différence que présentent deux pays habités par l’un des hommes pleins de vigueur morale et physique, et l’autre par des êtres plongés dans la décrépitude des sens et de l’intelligence. Voilà pourquoi nous ne nous sommes pas appauvris, mais au contraire enrichis par ce septième jour que depuis tant d’années nous consacrons au repos. Ce jour n’est pas perdu. Pendant que la manufacture s’arrête, pendant que la charrue dort dans le sillon, pendant que la Bourse est silencieuse, pendant que la fumée cesse de s’échapper de la cheminée de la fabrique, la nation ne s’enrichit pas moins que dans les jours laborieux de la semaine. L’homme, la machine des machines, celle auprès de laquelle toutes les inventions des Watt et des Arkwright ne sont rien, se répare et se remonte, si bien qu’il retourne