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lescence. Dans les anciennes corporations et confréries il y avait des organisations qui leur étaient analogues, surtout aux premières ; mais le réseau des sociétés mutuelles et des caisses d’épargne s’est singulièrement étendu depuis cinquante ans, surtout depuis vingt-cinq, en même temps qu’il se fortifiait.

Considérons la France en 1834 : on n’y recensait que 2, 940 sociétés de secours mutuels comprenant 313, 801 membres, dont 35, 300 membres honoraires, contribuant à l’œuvre par leurs cotisations et 280, 801 membres participants. L’avoir général de ces institutions ne montait qu’à 13, 330, 000 francs, qui ne représentaient que la somme minime de 47 fr. 60 par membre participant. Quarante-deux ans après, en 1876, le nombre des sociétés était de 8, 923, celui des membres de 901, 907 dont 128, 319 membres honoraires et 776, 588 membres participants. L’avoir général s’élevait à 78, 983, 000 francs, soit 97 fr. 81 centimes par tête[1]. Dans ce court espace de temps, qui ne représente qu’une génération, le nombre des participants, déduction faite des membres honoraires, a augmenté de 160 pour 100 ; la part moyenne de chacun d’eux dans l’avoir social a en outre plus que doublé ; la plupart des ouvriers et des employés sont ainsi aujourd’hui assurés contre la maladie. Les caisses de secours mutuels se perfectionnant sans cesse et étendant leurs attributions commencent à créer des pensions de retraite, et les plus grands établissements industriels sont depuis un quart de siècle entrés dans cette voie. Le personnel qu’ils emploient est garanti contre l’extrême misère dans l’âge avancé de la vie.

Le progrès des caisses d’épargne n’est pas moindre : il cause même au Trésor public de grands embarras pour l’emploi à la fois fructueux et prudent des fonds qui affluent à ces institutions. Cependant, elles sont nées d’hier. La plus ancienne de France, celle de Paris, a été fondée par une ordonnance du 29 juillet 1818. En 1878 on en comptait 826 avec 794 succursales, soit ensemble 1320, auxquelles il faut ajouter 373 percep-

  1. Voir dans l’Économiste français du 11 janvier 1879 l’étude de M. Toussaint Loua, sur les Sociétés de secours mutuels.