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tité de grains que l’on recueille en France et la quantité de viande que l’on y produit ne sont pas triples de ce qu’elles étaient il y a un siècle, et la population a augmenté de 60 p. 100 ; mais les quantités de tous les menus objets qui sont utiles, surtout agréables, sans être absolument indispensables, ont décuplé, parfois centuplé.

Une autre observation jette de la lumière sur la portée réelle des progrès humains, et dissipe les brouillards de banalités où se tiennent les économistes déclamateurs. Toute cette immense machinerie dont on a lieu de célébrer, mais tort d’exagérer les bienfaits, contient une multitude de rouages dont plusieurs forment en quelque sorte des doubles emplois, et que l’on ne peut additionner ensemble sans arriver à de graves erreurs de calculs. Il y a, assure-t-on, 40,000 machines à vapeur en France, représentant 1,500,000 chevaux de force et le travail de 30 millions d’hommes, qui vient s’ajouter à l’effort des dix millions d’hommes adultes que possède le pays. Soit, ces termes nous mettent en présence d’une curiosité statistique mais, avant de rien conclure quant à la pratique, il faut examiner de très-près.

Ces 40,000 machines à vapeur font très-fréquemment double emploi les unes avec les autres, puis elles exigent des soins, une alimentation, qui absorbent l’activité de beaucoup d’êtres humains et les détournent des travaux auxquels ils étaient précédemment occupés. Ainsi ces 40,000 machines à vapeur ont fait porter à 16 millions de tonnes la production de houille en France et à 30 millions notre consommation de ce produit. Près d’un million d’adultes sont occupés à chercher ou à manier le charbon qui est nécessaire à alimenter ces machines à vapeur. Il en résulte qu’il faudrait mettre en regard des 30 millions de travailleurs nouveaux que représentent ces machines à vapeur le million d’hommes qui est uniquement occupé à chercher au fond de la terre le combustible qu’elles dévorent. Si la force productive gagne d’un côté 30, elle perd de l’autre côté. Des déductions du même genre doivent être faites pour tous les ouvriers de chair et d’os qui sont employés à extraire le fer avec lequel ces machines à vapeur seront construites, à le for-