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quante entre la destinée des travailleurs des usines dont les progrès de la mécanique auraient décuplé, centuplé la force productive, et la destinée des travailleurs manuels des professions où le perfectionnement de la mécanique et les découvertes physiques et chimiques auraient eu beaucoup moins d’action. La première catégorie d’ouvriers aurait constitué une véritable aristocratie, grassement appointée, jouissant de longs loisirs, tandis que la seconde catégorie, qui est la plus nombreuse, serait restée à peu près dans le même état qu’auparavant. Cette anomalie inique n’eût pu exister ou se prolonger que si les travailleurs agricoles et ceux des mille métiers urbains avaient été empêchés par la loi ou par les mœurs d’entrer dans le personnel des usines et d’y accroître la concurrence des bras. On a vu surgir ainsi pendant quelque temps des privilèges de cette nature au profit d’ouvriers d’industries exceptionnellement florissantes. M. le comte de Paris, dans son ouvrage sur les Trades-Unions, en cite un exemple frappant, c’est celui d’ouvriers puddleurs d’un haut fourneau d’Écosse qui se firent passagèrement six, huit ou dix mille francs de gains annuels, en vertu de tarifs qui avaient été suivis de considérables progrès dans la fabrication du fer.

L’inégalité du progrès dans certaines branches de l’industrie manufacturière, d’une part, et dans l’agriculture, le bâtiment, les mille métiers divers des villes, d’autre part, a déterminé les résultats que devaient avoir les découvertes mécaniques, physiques ou chimiques. La plus grande partie du bénéfice de ces découvertes a consisté moins en une augmentation des salaires et des loisirs qu’en une augmentation considérable des produits manufacturés et en une baisse sensible du prix de ces objets. Si l’on se rappelle, d’ailleurs, le dénûment de l’humanité il y a un siècle, surtout en ce qui concerne le vêtement, l’ameublement, le logement, on ne doit pas trop déplorer cette direction prise par le progrès industriel. C’est un fait regrettable, sans doute, mais certain, que le superflu s’accroît avec beaucoup plus de facilité que le nécessaire ; l’un augmente lentement, l’autre se multiplie en quelques années ; la quan-