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améliorer la situation de l’humanité, quelque espoir que l’on ait d’un accroissement du bien-être général à l’avenir, la dernière parole du sage doit toujours être la résignation.


De l’exposé consciencieux que nous avons fait des doctrines de Proudhon, d’Émile de Laveleye, de Stuart Mill et de ce mot de résignation que nous-même avons prononcé, il ne résulte pas que nous considérions qu’il ne soit échu aux classes inférieures de la société aucune part dans tous les progrès de l’industrie, du commerce, des transports, dont notre siècle s’enorgueillit. La résignation dont nous parlons n’est pas la renonciation à la lutte quotidienne contre la nature pour rendre meilleures les conditions de l’existence humaine, ce n’est pas le détachement absolu des biens de ce monde, vertus philosophiques ou religieuses, mais peut-être défauts économiques ; c’est seulement une certaine modération des désirs qui n’exclut pas l’ambition de s’élever, c’est la patience, la persévérance, le contentement de son sort pour peu qu’il devienne chaque jour un peu moins dur, c’est la réconciliation avec les épreuves, les mécomptes, les délais, les imperfections que comporte tout progrès humain. Pris dans ce sens la résignation, qui n’est en définitive que l’esprit pratique, devient une véritable vertu économique. Cette résignation, nos contemporains, les ouvriers des dernières années du dix-neuvième siècle, peuvent et doivent l’avoir, car, si défectueuse qu’elle soit encore, leur destinée est incomparablement préférable à celle de leurs prédécesseurs.

Reprenons l’examen de la thèse de Proudhon, d’Émile de Laveleye, de Stuart Mill, des industriels chrétiens du Nord, et montrons en quoi l’accroissement des forces productives, par suite de l’accumulation des capitaux et des merveilleuses découvertes scientifiques, a profité à la classe ouvrière.

L’homme peut faire trois usages bien divers de l’accroissement des forces productives ; il peut en tirer ou une augmentation de loisirs, ou une augmentation nouvelle de la production, particulièrement de celle des objets de luxe, ou une