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ciation récente formée en France dans l’année 1879 sous le nom d’Association des industriels chrétiens du Nord.

Que reprochent à l’industrie actuelle tous ces critiques venant de points si opposés et ayant un idéal si différent ? M. de Laveleye admet comme un fait reconnu par la science que l’industrie et la propriété privée engendrent le paupérisme c’est là, selon lui, un axiome qui n’a pas besoin de démonstration déjà les habitants de la Californie, contrée qui n’est défrichée que depuis trente ans, s’apercevraient que la propriété privée et que la rente de la terre les met à l’étroit, les gêne, les appauvrit. Stuart Mill écrit mélancoliquement les lignes qui suivent : « Il est douteux que toutes les inventions mécaniques faites jusqu’à ce jour aient diminué la fatigue quotidienne d’un seul être humain. Elles ont permis à un plus grand nombre d’hommes de mener la même vie de réclusion et de travaux pénibles et à un plus grand nombre de manufacturiers et autres de faire de grandes fortunes elles ont augmenté l’aisance des classes moyennes mais elles n’ont pas encore opéré dans la destinée de l’humanité les grands changements qu’il est dans leur nature de réaliser. » Grâce à ce dernier membre de phrase, la pensée de Stuart Mill n’est pas tout à fait déraisonnable ; elle n’est qu’exagérée. Nous aussi, nous considérons que toutes ces inventions mécaniques n’ont pas encore produit dans la destinée de l’humanité les grands changements que l’on peut en attendre.

Karl Marx est naturellement beaucoup plus affirmatif, ou plutôt il a une plus grande intrépidité de négation. D’après lui, les ouvriers sont les esclaves des machines ; tous les progrès industriels n’ont abouti qu’à une activité dévorante qui épuise l’ouvrier et le consume prématurément : le travail à la tâche est le procédé inventé pour absorber, en en compromettant la durée, la force vitale de l’ouvrier.

De plus savants, empruntant les images de la fable antique, ont baptisé la civilisation moderne d’un nom qui mérite qu’on le retienne, comme l’expression concentrée de tous les griefs, le Sysiphisme. On se rappelle ce malheureux, condamné par