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Le raisonnement logique et l’expérience nous ont ensemble démontré que la situation de l’ouvrier relativement au patron s’est retournée depuis quelque temps. Le premier est beaucoup moins qu’autrefois dans la main du maître diverses circonstances économiques, notamment la nécessité de grands capitaux pour la pratique de l’industrie, ont contribué à ce résultat. D’un autre côté, le législateur et le public en général sont devenus et deviennent chaque jour de plus en plus favorables aux prétentions de l’ouvrier tandis qu’autrefois ils étaient particulièrement sensibles à l’intérêt des « maîtres ».

Ce changement est récent ; il date d’une trentaine d’années au plus, même de moins ; il n’a pas pu produire encore tous les résultats qu’on en peut attendre ; cependant il n’a pas dû laisser que d’avoir sur l’ouvrier une certaine influence, il a dû modifier en sa faveur la répartition des richesses.

La plupart des économistes le nient : Sans parler des plus anciens, tous ceux du commencement de ce siècle, Sismondi, Blanqui l’aîné, Villermé, et de plus illustres qui leur sont postérieurs, Stuart Mill entre autres.

Les plaintes des premiers, Sismondi, Blanqui, Villermé, appartiennent à ce que nous avons appelé « l’époque chaotique ou anarchique de la grande industrie ». Il faut beaucoup de temps pour qu’un nouveau phénomène social cesse d’être perturbateur, pour qu’il ne produise plus que des effets réguliers et heureux. De 1800 à 1840 ou 1850 la grande industrie n’avait pas trouvé encore l’organisation qu’elle devait avoir elle faisait des victimes, elle abusait des forces de l’homme ; on pouvait croire qu’elle devait l’abâtardir et l’asservir.

Aujourd’hui les griefs contre l’industrie sont encore fréquents on les rencontre à gauche et à droite, parmi les socialistes, comme Karl Marx, Lassalle ou Proudhon parmi leurs voisins, les économistes socialisant comme M. Émile de Laveleye et Stuart Mill, et aussi parmi les tenants ou les admirateurs de l’ancien régime, de l’organisation patriarcale, comme M. Perrin (de Louvain), M. Le Play, Monseigneur de Ketteler, évêque de Mayence, M. de Mun, et comme une asso-