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lie, et pour cette dernière contrée, à Sienne, par exemple, en 1371 et en 1384. Boisguillebert, au dix-septième siècle cite plusieurs cas de désertion du travail par 7 ou 800 ouvriers agissant de concert. À Paris, en 1789, les laquais et les garçons de pharmacie se mettent en grève. Ce serait présomption que de vouloir énumérer toutes les grèves ou les plus célèbres qu’a vues le dix-neuvième siècle, car elles sont innombrables et échappent à tout recensement ; ce serait en outre un hors-d’œuvre. La prohibition légale n’empêche pas les coalitions, elle les rend seulement plus difficiles, plus sauvages par l’exaspération même des ouvriers, elle leur communique cette saveur de révolte que goûtent fort les mauvais sujets ; elle les transforme en insurrections. C’est sous le régime de l’interdiction légale qu’on a vu se produire et durer, au mépris de la loi, les grèves les plus ardentes, les plus opiniâtres, les plus sanglantes. À Lyon sous le règne de Louis-Philippe, à Paris également, à la même époque, dans l’industrie du bâtiment, il y eut des grèves très-importantes. En Angleterre, en 1810, sous les lois les plus rigoureuses qui existassent les fileurs du Lancashire se coalisèrent, et 30,000 ouvriers furent pendant quatre mois sans travailler. Il y aurait plus de danger pour l’ordre public à vouloir supprimer de force une grève qu’à lui laisser suivre paisiblement son cours régulier. Comment, d’ailleurs, s’y prendrait-on ? On ne peut frapper d’amende qui n’a rien, or la plupart des ouvriers n’ont rien. On ne peut conduire en prison des milliers de grévistes ; les locaux et les fonds manqueraient, puis la prison constituerait la grève la plus efficace, puisqu’elle rendrait le travail impossible on ne peut, d’un autre côté, faire travailler les hommes de force, à moins de rétablir l’esclavage, de multiplier les contre-maîtres et de les transformer en gardes-chiourmes.

Le point de la légitimité des coalitions, celui aussi de l’inefficacité des lois qui les interdisent ne prêtent plus à contestation. Ce qui est plus débattu, ce qui est environné encore de beaucoup d’ombre, c’est la question de savoir si les coalitions ont une action bonne ou mauvaise sur la situa-