Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/390

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


lastique vide de Ricardo et de Stuart Mill en ces matières.

Toute la théorie du salaire est à refaire dans la science économique. Une première et grossière erreur des anciens maîtres, ç’a été de confondre ce qu’ils ont appelé le salaire naturel avec ce qui est, en effet, le salaire minimum. Oui, il existe un salaire minimum au-dessous duquel, dans aucun pays, le salaire moyen ne peut descendre ou du moins rester longtemps : ce salaire minimum représente l’ensemble des objets qui sont nécessaires à l’ouvrier pour subsister et pour entretenir sa famille ; l’existence de ce minimum de salaire ne veut pas dire qu’il ne puisse être dépassé ; il l’est, au contraire, généralement. S’il ne l’était pas, il n’y aurait jamais eu de progrès, d’amélioration du sort de l’humanité ; or, il suffit d’ouvrir les yeux, de comparer le présent au passé, même récent, pour constater cette amélioration et ce progrès. Toute l’histoire, l’expérience surtout de la génération présente dément la théorie du salaire naturel ; il n’y a pas de salaire naturel, il n’y a qu’un salaire minimum. Bien plus, ce salaire minimum n’est pas le même dans tous les temps, il a une tendance à s’élever avec le bien-être général, l’instruction, l’éducation universelles.

Quant au fameux « fonds des salaires », il n’a jamais existé que dans l’esprit troublé et confus de quelques économistes qui ont imposé aux autres, par l’autorité de leur nom, des expressions bizarres couvrant des idées fausses. Le seul fonds des salaires, c’est le revenu du pays, c’est-à-dire l’ensemble de la production annuelle (déduction faite de ce qui est nécessaire pour entretenir le capital). Sans doute le salaire ne peut absorber à lui seul la totalité de la production annuelle du pays, puisqu’il ne resterait rien pour faire vivre les propriétaires, les capitalistes, les rentiers, les fonctionnaires, les personnes adonnées aux professions libérales ; mais rien ne détermine à priori, aucune loi absolue et immuable ne fixe la quote-part de la production annuelle du pays qui doit afférer aux ouvriers, et la quote-part qui revient à chacune des autres catégories que nous venons d’énumérer. Suivant les contrées et les temps, les proportions pré-