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de francs, la valeur locative s’est élevée à 9,396,788 liv. sterl. ou 235 millions de francs en 1876 : ici la plus-value est de 75 p. 100 environ. Au contraire, en Irlande, pays soumis à des causes particulières de misère et qui subit, encore l’organisation sociale du moyen âge, la valeur locative des maisons ne s’est pas accrue de 20 p. 100 en ces quatorze années. De 3,333,783 liv. sterl. ou 83 millions de francs en 1862, elle s’est à peine élevée à 3,612,082 liv. sterl. ou 90 millions et demi de francs en 1876[1].

Peut-être dira-t-on que les chiffres que nous venons de citer, même pour l’Angleterre proprement dite et l’Écosse, ne sont pas concluants pour notre thèse, qu’ils ne démontrent pas que la généralité des habitants de ce pays soit mieux logée qu’autrefois. L’augmentation de la valeur locative pourrait venir, en effet, de la hausse du loyer, du plus grand nombre des maisons nécessaire à une population plus nombreuse, enfin du luxe plus grand de l’habitation dans la classe riche et dans la classe aisée. Que ces trois causes aient contribué à l’accroissement de 60 p. 100 de la valeur locative des maisons en Angleterre et en Écosse dans la période que nous examinons, il est impossible de le contester ; mais on ne peut nier non plus qu’il n’y ait une quatrième cause à cette plus-value, et cette quatrième cause, c’est l’amélioration du logement de l’ouvrier et du paysan.

Si imparfaites qu’elles soient, les statistiques françaises nous en fournissent la démonstration. Ce sont toujours les renseignements fiscaux qui peuvent jeter quelque lumière sur les questions sociales. On sait quelle est en France l’organisation de l’impôt sur les portes et fenêtres : il est gradué d’après le nombre des ouvertures. Une publication officielle a donné récemment les chiffres suivants sur la matière imposable à cette taxe : on comptait en 1822, en France, 6,432,000 maisons ou usines (ces deux natures d’immeubles sont réunies) ; en 1876 on en recensait 8,630,000, soit 35 p. 100 en plus, quoique la population ait augmenté de 20 p. 100 seulement dans cet intervalle.

  1. Voir le Statistical abstract, pour 1877, p. 18.