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Tous ces renseignements confirment ce qu’apprend l’expérience vulgaire, que l’alimentation de toutes les classes de la population est devenue depuis un demi-siècle, depuis 28 ans surtout, plus abondante et plus raffinée ; on pourrait presque dire que l’estomac de l’homme semble s’être élargi, tellement il absorbe aujourd’hui plus qu’autrefois. Faut-il parler du sucre et du café, raretés naguère, aujourd’hui d’un usage fréquent parmi la population ouvrière des villes, et même parmi celles des campagnes les jours de marché et de réunion ?

Le premier, le plus matériel besoin de l’homme, celui de l’alimentation, est donc pour toutes les couches d’habitants mieux satisfait aujourd’hui qu’autrefois. On en a une autre preuve dans le relèvement de la ration du soldat, qui se compose actuellement d’un plus grand nombre de grammes de viande qu’il y a quelques années.

Pour le logement, le criterium du progrès général est plus difficile à trouver que pour l’alimentation. C’est moins, d’ailleurs, sous le rapport de la nourriture que sous celui de l’habitation qu’est défectueux le régime de l’ouvrier. Beaucoup de gens de la classe aisée se résigneraient à la table de l’homme du peuple, non à sa chambre ou à sa chambrée. Le foyer, le home, lui manque trop souvent, ou celui qu’il a mérite-t-il ce nom ? Cependant, même de ce côté, l’amélioration est certaine, considérable ; seulement l’évaluation en est plus difficile. En Angleterre, la valeur locative des maisons déclarées à l’Income tax double presque régulièrement dans le cours de chaque période de vingt ans. De 53, 234, 970 livres sterling en 1862 pour l’Angleterre proprement dite, elle s’est élevée à 83, 851, 638 liv. sterl, en 1876, soit de 1, 330 millions de francs à 2 milliards 96 millions ; c’est près de 60 p. 100 d’augmentation en quatorze ans. Pour tout le Royaume-Uni la valeur locative des maisons déclarées à l’Income tax est passée de 61, 924, 178 liv. sterl. en 1862 à 96, 860, 508 liv. sterl. en 1876, soit de 1, 548 millions de francs à 2 milliards 422, ce qui est encore un accroissement de près de 60 p. 100. C’est en Écosse que le progrès a été le plus rapide ; de 5, 355, 000 liv. sterl. en 1862, soit 134 millions