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sociétés, mais la durée, qui en fassent la base générale de toute organisation du travail libre, qui le rendent le contrat le plus habituel, le plus normal, le plus flexible en même temps ? Le salaire est-il la conséquence de la liberté du travail, ainsi que de la division des tâches et des fonctions ? Le salariat a t-il l’avantage d’être conforme aux exigences de la généralité, nous ne disons pas de l’universalité, des transactions économiques et des opérations de la production ?

Sur ce point essentiel il y a des contestations. Stuart Mill a écrit un chapitre qu’il a intitulé : Tendance de la Société à diminuer les rapports de serviteur et de salarié ; le célèbre économiste n’a pas osé parler de la suppression de ces rapports. D’autres sont allés plus loin ; ils ont considéré le salariat comme un reste du servage, et ils en ont prédit la fin ; ils ont parlé d’un « nouveau contrat » qui, suivant eux, pourrait se substituer au salaire, être aussi général, aussi universel dans l’avenir que ce mode de rémunération est général, universel dans le présent.

On se trouve d’abord en face d’une première objection que l’on fait au salaire. Avec ce mode de rétribution, disent les socialistes, le produit de l’ouvrier ne lui appartient pas totalement le maître ou le patron en garde une partie. Les écrivains appartenant à cette doctrine ont trouvé une formule ingénieuse et spécieuse pour exprimer leur pensée : un ouvrier ne peut pas avec son salaire racheter son produit ; avec la somme qu’il a reçue pour faire une paire de bottes, le cordonnier ne peut pas racheter la paire de bottes, non plus que le tailleur avec le prix de façon d’une redingote ne peut acquérir cette redingote même.

On ne saurait trop s’émerveiller de l’absurdité de ce raisonnement. L’ouvrier, dit-on, ne peut racheter son produit mais qu’appelle-t-on son produit ? Le produit du cordonnier, ce n’est pas la paire de bottes ; car ce n’est pas lui qui a fait le cuir dont elle est formée, les clous, le fil et tous les autres accessoires. Souvent, ce n’est même pas l’ouvrier qui a fourni les outils ; s’il travaille dans un atelier commun, il a joui d’un cer-