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Aujourd’hui ce dernier a droit à 60,000 francs et ses collègues des départements touchent 18,000, 25,000 ou 35,000 francs ; ce sont les mieux appointés des membres de la hiérarchie des fonctionnaires de l’État ; ces chiffres de 25,000 et de 35,000 francs, en y joignant le logement, sont beaucoup trop élevés relativement à l’ensemble des traitements français. Les conseillers d’État qui touchaient 20,000 francs sous le premier empire, autant sous le second, n’en reçoivent plus que 16,000, ce qui ne leur permettrait pas de vivre avec décence s’ils n’avaient pas d’autres ressources. Le vice-président du conseil d’État, faisant fonctions de président (le président de droit est le garde des sceaux), a un traitement de 25,000 francs ; ses prédécesseurs sous l’empire recevaient trois ou quatre fois plus. Les juges des tribunaux criminels et civils ne sont pas plus heureux au point de vue des revenus. Le premier président de la Cour de cassation a 30,000 francs de traitement, celui de la Cour d’appel 25,000, les conseillers à la première de ces Cours 18,000, et à la seconde 12,000.

Les directeurs généraux des ministères étaient autrefois d’importants personnages, presque indépendants des ministres et singulièrement bien rétribués. Ils recevaient d’abord 25,000 ou 30,000 francs de traitement fixe ; puis presque tous y joignaient, par une tolérance secrète, de fort opulents accessoires, dépassant, d’ordinaire, le principal. Il faut lire dans l’autobiographie du marquis d’Audiffret l’énumération des réformes de comptabilité qui furent effectuées sous la Restauration. Dans le service des douanes, dans celui des postes, dans celui des contributions indirectes, les hauts agents, par des caisses occultes et des sortes de tontines, se faisaient de 50 à 100,000 francs de revenu ; parfois même certains agents atteignaient des émoluments de 300,000 francs [1]. Toutes ces aubaines ont disparu aujourd’hui, et les directeurs généraux de ministère ne touchent que des traitements qui varient de 18,000 à 25,000 francs. Des comptables d’un genre particulier, assujettis à de gros cautionnements et à une grande responsabilité, les rece-

  1. Voir Souvenirs de ma carrière, du marquis d’Audiffret, et encore notre Traité de la Science des finances, t. II (2e édition), pages 121 et suivantes.