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par le chiffre de la population à ces différentes époques, nous avons une consommation moyenne de hectolitre 53 en 1825, 1 hectolitre 59 en 1835, 1 hectolitre 85 en 1852, 2 hectolitres 02 en 1866,2 hectolitres 27 en 1880. La consommation individuelle de froment en France a augmenté de 50 p. 100 depuis cinquante-cinq ans ! Il ne s’agit là que d’une moyenne, nous dira-t-on. Cette objection qui, en d’autres circonstances, est topique, n’a ici aucune portée. La classe supérieure et la classe aisée ne mangent certainement pas plus de pain qu’autrefois ; elles en consommeraient même moins, parce qu’elles font plus d’usage de viande et d’une variété infinie de légumes. Il faut considérer en outre qu’au pain de froment qui, dans la consommation courante, a remplacé le seigle, l’avoine, les châtaignes, le maïs et les autres aliments inférieurs, sont venus se joindre encore de puissants et utiles auxiliaires, les pommes de terre par exemple. La consommation du seigle pour la nourriture hu-

    lerie en emploient aussi une certaine quantité ; enfin, dans les années ou le blé est de mauvaise qualité et « inboulangeable », les fermiers qui n’en ont pas la vente le donnent à consommer au bétail, à la volaille surtout, comme on le voit dans la Sarthe, dans la Bresse, etc., pays d’élevage de volailles. Il en résulte que, si nous ajoutons à tout cela les 14 ou 15 millions d’hectolitres que nécessitent nos emblavements de l’automne et de mars, la consommation de la France s’est modifiée sensiblement depuis dix à quinze ans, et l’année 1880 comparée à l’année 1865 pourrait présenter les différences suivantes :

    1865. 1880.
    « Ensemencements 
    15,000,000 14,000,000
    « Consommation humaine 
    78,000,000 84,000,000
    « Industrie 
    4,000,000 6,000,000
    « Bétail 
    1,000,000 9,000,000


    cachecachecacheTotal 
    98,000,000 107,000,000


    « C’est-à-dire qu’en comprenant les déchets et les besoins d’exportation en année normale, il nous faut, pour vivre en France, non pas 100, mais 110 millions d’hectolitres. Ce chiffre est-il impossible à obtenir ? Nous avons la preuve du contraire. En 1874, la France a récolté sur 7 millions d’hectares 132 millions d'hectolitres de blé, c'est-à-dire un peu plus de 18 hectolitres à l'hectare. Que la culture s’efforce d’obtenir annuellement ce rendement et surtout qu’elle produise de bon blé, et nous n’aurons rien à redouter de l’importation, par cette raison que, produisant davantage, les fermiers pourront abaisser leurs prix de vente, tout en conservant des bénéfices. Ces 18 hectolitres à l’hectare que nous demandons sont souvent dépassés dans les départements où l’agriculture est en progrès. Notre grande région du Nord atteint moyennement 20 et parfois par malheur, le Centre se tient à 13 et 14, et le Midi de 8 à 12. »