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et les salariés. Ce sont là les quatre catégories de personnes économiques. Plusieurs d’entre elles, toutes les quatre parfois, peuvent être confondues dans un même homme ; la complexité même de nos relations sociales fait que beaucoup d’individus présentent réunis plusieurs de ces caractères, quelquefois tous. Il n’est pas rare de rencontrer un homme qui soit à la fois propriétaire, capitaliste, entrepreneur et salarié. Il faut, cependant, par la pensée rompre ce faisceau pour se faire une idée nette de la marche de la civilisation ; il faut considérer comme absolument distinctes des catégories qui souvent sont groupées.

Comment les intérêts de ces quatre catégories, de ces quatre classes d’individus sont-ils affectés, soit d’une manière absolue, soit dans leurs relations réciproques, par les progrès de la civilisation et par le développement industriel ?

Définissons les termes : qu’est-ce que la civilisation ?

La civilisation est un état de société ascendante où l’on rencontre les caractères suivants : l’accroissement général de la sécurité et de la liberté des personnes et des transactions ; le progrès incessant des sciences et des arts appliqués à l’industrie ; l’accumulation continue des capitaux enfin le progrès de l’éducation générale. Voilà les traits auxquels nous reconnaîtrons qu’un peuple est civilisé.

Une société de cette nature, fonctionnant sous ces influences, engendre-t-elle une plus grande ou une moins grande égalité des conditions humaines ? A-t-elle pour effet de développer les deux extrêmes de la richesse et de la misère ? Supprime-t-elle les degrés intermédiaires ? Se résout-elle à la longue en deux classes de plus en plus tranchées : une petite légion d’opulents entrepreneurs, capitalistes, spéculateurs, et un nombre infini d’hommes dépendants, vivant au jour le jour, soumis à une concurrence effrénée ? Quelques publicistes ont cru à cette tendance ; nul ne l’a décrite avec plus d’âpreté et d’éloquence que Proudhon.

    taliste ou le rentier est tout homme qui vit du revenu ou de l’intérêt d’un capital prêté il se distingue de l’entrepreneur d’industrie et de commerce, qui met en œuvre le capital, soit qu’il le possède, soit qu’il l’emprunte.