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médiaires toute cette nuée de commerçants en gros, en demi-gros, en détail, de courtiers, de commis voyageurs. Le, progrès ne les épargne pas. ; il les réduit, parfois les supprime. L’opinion publique a toujours considéré, comme des inutiles, comme des parasites, tous ces négociants, du moins beaucoup d’entre eux, qui passent leur vie à acheter pour revendre, et qui, du fabricant jusqu’au consommateur définitif forment une longue chaîne d’anneaux dont chacun grève la marchandise de nouveaux frais et la renchérit. L’économie politique du commencement du siècle s’épuisait à démontrer que tous ces intermédiaires rendent un service, gagnent légitimement leur vie. C’était a tort ; on est, grâce au ciel, revenu de cette notion. Quatre ou cinq, huit ou dix personnes, qui s’interposent entre le fabricant et le consommateur, sous les noms de courtiers, de marchands en gros, en demi-gros, au détail, forment, un véritable poids mort qui alourdit le travail social et retarde l’essor de la production et du bien-être.

Devrons-nous verser des larmes, sur le sort de ces petites boutiquiers dépossédés de leur clientèle, évincée du champ de l’activité sociale par des concurrents plus vigoureux, comme les maîtres de poste, l’ont été par les chemins de fer et les copistes par les imprimeurs ? Ce serait un véritable abus de notre sensibilité. Stuart Mill avec raison a refoulé cette pitié. Quelle est l’existence de ces petits boutiquiers surabondants, assis moroses et pompeux tout le long du jour, guettant l’acheteur qui ne vient point, méprisant le peuple dont ils sont sortis, enviant la haute bourgeoisie à laquelle ils n’appartiennent pas, n’ayant dans l’esprit aucun mouvement, aucun goût du progrès, aucun sentiment du beau, aigris, contre les hommes, et contre les choses, et ne sachant jamais que se plaindre ? On les a appelés parasites et ce nom leur convient, ils ont de ces animaux l’immobilité et l’inutilité.

La disparition ou du moins la diminution de ces intermédiaires (car il en restera toujours quelques-uns et il en est qui rendent des services) ne nuira en rien à la société ce sera pour elle un soulagement. La fonction distributive des produits