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anciennes et habituelles, comme la filature, la fabrication du drap et de la toile, l’armement maritime, etc., qui peuvent mener un homme à de très grandes richesses. Adam Smith déjà, avec son habituelle perspicacité, remarquait que les profits extraordinaires ne peuvent s’obtenir que dans les branches nouvelles de commerce ou de manufacture. Dès qu’une industrie est connue et répandue, dès qu’elle passe pour être lucrative, la concurrence s’y précipite, supprime au bout de bien peu de temps les grands écarts entre le prix de revient et le prix de vente et fait tomber au taux habituel, si ce n’est au-dessous, les bénéfices.

L’abondance des capitaux est tellement grande aujourd’hui que cet envahissement des industries privilégiées par une nuée de concurrents est presque soudain. Le capital circulant, en effet, ou disponible, en quête d’emploi, pullule. On a considéré en général que l’abondance des capitaux est favorable aux industriels et aux commerçants ils ont le crédit à bon marché, leurs bénéfices doivent en être accrus. C’est là une erreur vulgaire. Il en serait ainsi sans doute si la classe des entrepreneurs était restreinte, soit par des privilèges légaux, soit par le monopole de la capacité que donnent l’éducation et l’instruction. Mais aujourd’hui, avec le nombre incommensurable d’hommes actifs qui ont l’entente des affaires, la baisse du taux de l’intérêt ne rend que plus animée la concurrence que se font les producteurs. Ce n’est pas seulement l’intérêt qui baisse, c’est le profit, lequel est très-distinct de l’intérêt. En général, quoiqu’il n’y ait pas de règle absolue sur ce point, on peut admettre que le profit du commerçant ou de l’industriel est en moyenne égal à l’intérêt du capital, qu’en d’autres termes si le taux de l’intérêt est de 8 p.100, l’industriel ou le commerçant doit réaliser sur ses opérations un bénéfice de 10 p. 100, dont la moitié représente l’intérêt

    che à des produits secondaires portant une marque déterminée, par exemple une eau de toilette, un article pharmaceutique, des petits fours. Un chocolatier, un confiseur, un parfumeur, avec un peu d’esprit d’invention et beaucoup de bonheur, peuvent accumuler des richesses considérables, ce qui est presque interdit désormais aux dateurs et aux tisseurs.