Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/302

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


attristantes. Il y a de petites industries que l’on croit complètement éteintes et qui reparaissent sous une autre forme, il en est ainsi pour les voitures publiques. Malgré les chemins de fer, les grandes compagnies, les omnibus, les tramways, il n’y a plus d’entrepreneurs de voitures publiques aujourd’hui qu’il ne s’en trouvait en 1830. Dans cette dernière année 6,111 personnes seulement payaient la licence exigée pour cette industrie ; en 1868 on en comptait 17,000, trois fois plus. Quelle que soit la concentration de la production et de l’échange, il n’est pas au pouvoir d’une société de supprimer absolument toutes les petites entreprises individuelles[1].

L’Angleterre, le pays par excellence de l’industrie agglomérée, du grand commerce, des sociétés coopératives de consommation, fournit la preuve de cette vérité. Il y a aujourd’hui dans la Grande-Bretagne sans l’Irlande, trois fois plus de commerçants ou d’industriels payant l’income-tax qu’il ne s’en rencontrait en 1845 ; à cette dernière date on n’en comptait que 148,000, en 1868 plus de 379,000, en 1877, 381,972. Il ne s’agit là que des fabricants et des négociants qui gagnent plus de 2,300 francs par an, ce qui correspond à un revenu réel de 4,000 francs à cause de l’inexactitude des déclarations ; les revenus au-dessous de 2,500 fr. ne sont pas assujettis à l’income-tax.

Un statisticien allemand bien connu, le Dr Engel, a fait pour son pays la même remarque que les petits commerçants et les petits industriels augmentent en nombre, au lieu de diminuer, suivant l’opinion commune. Mais les débits de boissons n’y sont-ils pas aussi pour quelque chose ?

Quoi qu’il en soit, il demeure établi qu’au moins jusqu’à ce jour, en tout pays, la fraction inférieure de la classe moyenne, au fur et, à mesure que certaines industries ou que certains commerces échappent à sa direction, a vu s’ouvrir devant elle

  1. En 1878, le nombre des entrepreneurs de voitures déclarées en service régulier avait notablement diminué, mais celui des entrepreneurs de voitures déclarées en service d’occasion avait notablement augmenté. On comptait 3,487 des premiers, 11,500 des seconds, soit en tout 14,987 ! (Bulletin de statistique, 1879, t. II, p. 14).