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à peu près 1 sur 60 des habitants du sexe masculin, 1 sur 30 des adultes. En 1877-78 le nombre des domestiques mâles imposés est tombé dans la Grande-Bretagne à 207,237. Les valets de ferme et autres serviteurs à gages des professions industrielles et commerciales ne figurent naturellement pas dans ce chiffre ; Le produit de la taxe sur les domestiques, ne s’accroît pas, d’ailleurs, dans la Grande-Bretagne ou du moins n’augmente qu’avec une grande lenteur. Il ne produit aujourd’hui que la moitié ou même le tiers de ce qu’il donnait à la fin du dernier siècle et dans le premier quartier de celui-ci. Les tarifs ont été remaniés et diminués, il est vrai ; en outre pendant la période de la guerre contre la France, on a imposé les domestiques du sexe féminin, ce que l’on ne fait plus aujourd’hui. Néanmoins, il est certain que le nombre des domestiques mâles, même dans une contrée aristocratique comme l’Angleterre, est très loin d’augmenter dans la proportion de l’accroissement de la population ou de l’accroissement de la richesse. S’il y a un plus grand nombre de personnes qu’autrefois qui ont un ou deux domestiques mâles à leur service, il y en a infiniment moins qui en aient cinq, huit, dix, quinze ou vingt. On ne voit plus de carrosses avec trois laquais derrière on ne rencontre plus guère, en traversant les antichambres, les lignes serrées de grands gaillards à vêtements bigarrés et à culottes courtes. Le mouvement de la civilisation tend à diminuer les rapports de maître à serviteur, c’est incontestable[1].

En est-il de même pour les rapports entre patron et salarié ? Stuart Mill l’affirme un peu légèrement. La plupart des petites professions indépendantes ayant disparu, il est évident que tous ceux auxquels elles donnaient asile ont dû s’enrôler, comme salariés, employés ou ouvriers, dans les ateliers agrandis de l’industrie manufacturière ou des administrations bureaucratiques. Nous consacrons plus loin un chapitre à l’organisation de plus en plus bureaucratique de la société moderne.

  1. Il serait intéressant de suivre dans les statistiques des impôts de la Grande-Bretagne les variations du nombre des domestiques mâles imposés