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grosses. Qu’un journalier ait besoin de 500 francs pour se garantir d’une saisie et d’une vente, s’il les emprunte à 5 p. 100 il aura 25 francs à payer si à 8 p. 100, il devra rembourser 40 fr. en plus du capital il ne lui faudra qu’un faible surcroît d’efforts et d’économie pour mettre de côté dans tout le courant de l’année les 15 francs qui font la différence. Il arrive très fréquemment qu’avec les commissions, renouvellements, timbres, etc., les petits commerçants empruntent à 8 ou 9 p. 100. Pourquoi des non-commerçants ne pourraient-ils pas faire de même ? La distinction entre le commerçant et le non-commerçant est factice et le devient de plus en plus. Presque tous les hommes font plus ou moins le commerce dans une société comme la nôtre. Les institutions de crédit agricole, si l’on parvient à régler cette délicate matière, les associations professionnelles et de crédit mutuel, l’éducation, l’instruction, l’abondance des capitaux, la diminution générale du taux de l’intérêt, toutes ces conditions devront rendre un jour dans les campagnes et pour la population ouvrière des villes les prêts plus faciles et moins coûteux ; encore, cependant, le maximum du taux de l’intérêt doit-il disparaître pour permettre au prêteur de proportionner sa rémunération aux circonstances, à l’importance des risques courus et des services rendus.

Les socialistes qui sont épris de la réglementation demeurent fidèles à l’ensemble de leurs doctrines en soutenant le maximum. C’est ainsi que Pierre Leroux s’en est fait en 1848 le défenseur. Des gens qui pensent que l’on peut arriver à la suppression complète de l’intérêt doivent naturellement se prononcer, en attendant, pour la limitation de ce qu’ils considèrent comme un fléau.

Ce n’est pas à dire que l’usure doive rester impunie. L’usure est l’abus du prêt ; ce n’est pas le taux de l’intérêt qui la constitue, ce sont certaines circonstances qui accompagnent ou précèdent le prêt. L’homme qui eût prêté à Fulton un million à 50 p. 100 d’intérêt n’eût pas été un usurier ; tel autre qui prête à 20 p. 100 à un mineur, à un incapable, à un homme