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Socialisme d’État. Elle peut avoir ainsi pour conséquence d’accroître l’organisme gouvernemental, de faire du gouvernement un plus grand industriel, un plus grand commerçant, un plus grand entrepreneur, d’augmenter son influence sur le marché des capitaux, sur le marché du travail et de l’y rendre prépondérante c’est là ; un risque pour les libertés politiques.

La baisse du taux de l’intérêt est aussi favorable aux faiseurs de projets[1]. Dans les périodes où le taux de l’intérêt est élevé, sous le second empire par exemple, les entreprises purement chimériques sont moins nombreuses chacun trouvant facilement des placements rémunérateurs dans de grandes œuvres largement productives, comme la construction de chemins de fer, celles d’eaux et de gaz, les épargnes du pays vont presque toutes dans la même direction e, t affluent à quelques catégories bien connues de travaux. Il en est autrement dans les périodes où le taux de l’intérêt est très bas, comme dans les dix dernières années du règne de Louis-Philippe, ou comme dans les deux ou trois dernières années écoulées au moment où nous écrivons. C’est alors que les idées les plus fallacieuses attirent à elles de nombreux capitaux chacun est à l’affût d’un placement qui ait l’apparence d’être rémunérateur la déperdition des capitaux devient énorme.

La baisse du taux de l’intérêt n’est donc pas sans présenter des résultats fâcheux. Turgot et Stuart Mill ont eu à ce sujet un optimisme exagéré. Néanmoins les conséquences générales de ce phénomène, surtout après que la période de transition est passée, sont plutôt heureuses. Si le goût de l’épargne diminue dans certaines classes, particulièrement dans les classes élevées, il augmente dans certaines autres, dans la partie inférieure de la classe moyenne et dans les couches populaires. L’instruction développe la prévoyance. Une partie considérable de l’humanité, toute la clientèle des déposants aux caisses d’épargne, se contente d’un intérêt de 3 p. 100 ; et, d’après

  1. Nous montrerons, dans un chapitre postérieur, qu’elle n’est pas avantageuse, au moins d’une manière permanente, aux industriels et aux commerçants sérieux.