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fait une idylle. L’état stationnaire ne s’offre pas à l’observateur attentif sous des couleurs aussi riantes que celles que se représentait Stuart Mill. Il y a dans le monde un exemple de cet état, c’est la Chine, avec cette différence, cependant, que la population augmente en Chine tandis que Stuart Mill voudrait mettre un terme à cet accroissement.

Certes l’expression d’état stationnaire ne doit pas être prise dans un sens absolu ; elle serait fausse, parce que les inventions mécaniques et les découvertes scientifiques ne s’arrêteront pas, parce qu’il y aura toujours quelque emploi utile, mais d’une utilité moindre, pour les nouveaux capitaux mais l’expression d’état stationnaire est vraie dans un sens relatif qui veut dire que cet état ne comporte que des améliorations de détail, lentes et médiocres, au lieu de ces soudaines, générales et prodigieuses applications de grandes découvertes scientifiques comme celles que nous avons vues depuis un demi-siècle.

Nous nous sommes arrêté à la description de l’état stationnaire parce que la baisse du taux de l’intérêt chez les vieilles nations indique qu’on s’en approche, ce qui ne veut pas dire qu’on en soit près. Le monde n’est pas tout entier habité, ni tout entier sous le joug de la civilisation : l’Amérique du Nord et du Sud, l’Afrique, l’Asie Centrale, l’Australie, presque toute l’Océanie, plusieurs contrées de l’Europe même, sont encore à mettre en valeur ; et dans les vieilles contrées les améliorations de détail peuvent être nombreuses. Comme les hommes et, plus que les hommes, les capitaux peuvent et doivent émigrer ; une nation vieille qui se condamnerait à rester enfermée chez elle, qui considérerait comme une faute ou comme une perte l’émigration des capitaux, arriverait vite à cet état stationnaire, qui ressemblerait assez à ce qu’étaient, à la fin du dernier siècle ou au commencement de celui-ci, les petites villes des provinces les plus reculées.

Nous avons constaté les causes diverses de la baisse du taux de l’intérêt ; il est résulté pour nous de cette étude que ce phénomène est dû non seulement à l’accumulation des capi-