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c’est l’augmentation incessante de l’épargne. Toutes les institutions de notre civilisation, on le verra plus loin, tendent à rendre l’épargne plus générale et plus active il n’y a pas de doute que la proportion de la production annuelle qui est prélevée par l’épargne ne soit plus considérable aujourd’hui qu’autrefois ; l’épargne n’augmente donc pas seulement dans la mesure de l’augmentation de la production elle s’accroît plus rapidement encore. La troisième cause qui détermine la tendance à la baisse du taux de l’intérêt, à l’avilissement de l’intérêt, et, croyons-nous, la plus énergique, c’est la diminution de productivité des nouveaux capitaux créés l’emploi du capital, au delà d’une certaine limite, devient de moins en moins rémunérateur. Quand la société a déjà profité de nombreuses améliorations, il devient plus difficile, il deviendra peut-être un jour presque impossible d’en effectuer de nouvelles qui soient considérables. Aussi ne parlons-nous pas seulement de la baisse du taux de l’intérêt qui est un bien, mais de l’avilissement du taux de l’intérêt qui est un mal. Sans anticiper sur les observations que nous présenterons tout à l’heure, citons un exemple très frappant de cette diminution de productivité des nouveaux capitaux cet exemple, c’est celui de l’ancien réseau des chemins de fer, et du second ou du troisième réseau il n’y a aucun doute que les anciens capitaux consacrés à la première œuvre n’aient été trois fois, quatre fois, dix fois, peut-être vingt fois plus productifs que ne le seront les capitaux de création plus récente qui seront absorbés parle réseau tertiaire.

Nous considérons comme une baisse du taux de l’intérêt, événement utile, fécond, heureux pour la société, la réduction qui provient de l’action des deux premières causes, à savoir l’augmentation de la sécurité sociale et l’accroissement de l’épargne. Nous appelons, au contraire, avilissement de l’intérêt la diminution qui résulte de la dernière cause, à savoir de la moindre productivité des nouveaux capitaux créés au delà d’une certaine mesure et après certains progrès or, cet avilissement est un mal. Cette distinction a échappé à Turgot, et Stuart Mill lui-même ne paraît pas l’avoir entrevue avec netteté.