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demie ou deux lieues pour se rendre à leur travail et pour en revenir, ce qui leur permettrait d’habiter à une lieue, parfois même à plus, des fortifications.

Ajoutez qu’à Paris les chemins de fer ne pénètrent pas dans la capitale, et c’est un grand mal. S’ils y arrivaient, on aurait des trains qui transporteraient en une demi-heure les ouvriers de deux, trois ou quatre lieues à l’entour. Les transports par chemins de fer sont grevés aussi de taxes absurdes qui s’élèvent jusqu’à 23 p. 100 du prix des places. Combien la question du loyer serait simplifiée si la facilité et le bon marché des communications urbaines et suburbaines permettaient à l’ouvrier, travaillant à Paris, d’habiter dans cette banlieue éloignée où l’on peut acheter du terrain à 50 centimes ou à 1 franc le mètre. Il n’eût dépendu, il ne dépend encore que de l’État et de la ville d’obtenir un résultat si désirable. Que l’on supprime tous les droits sur les transports de voyageurs, que l’on fasse pénétrer les chemins de fer plus avant dans la capitale, on pourra alors stipuler des réductions de tarifs, et l’ouvrier, s’il le veut, habitera dans les champs ; il y pourra posséder une maison et un jardin. Paris, on l’a vu, est une des grandes villes du globe qui sont le plus ramassées sur elles-mêmes elle n’a guère que 9 kilomètres de diamètre dans un sens et 10 kilomètres et demi dans l’autre. Elle pourrait sans inconvénient s’étendre sur un espace double, même triple et occuper 25 ou 30 kilomètres de diamètre toute la périphérie serait alors une campagne parsemée de maisons ou de cottages. La réduction des heures de travail à 9 ou 10 par jour rendrait très facile à l’ouvrier, comme à l’employé, de partir de chez lui le matin à sept heures ou sept heures et demie et d’être de retour pour son dîner, ayant toute sa soirée à consacrer dans sa propre demeure aux occupations, aux distractions, aux nobles soins de la vie de famille.

L’œuvre des maisons ouvrières est l’une des plus philanthropiques que l’on puisse encourager. On en a construit maintenant en un grand nombre de villes industrielles l’Alsace a donné, la première, l’exemple à Mulhouse, à Colmar, à Guebwil-