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à l’avenir avec une énergie aussi intense que pendant le dernier demi-siècle. Le nombre des habitants de Paris ayant doublé dans la dernière période de trente-cinq ans, s’il devait toujours en être ainsi, notre capitale aurait 4 millions d’âmes vers 1910, 8 millions vers 1945, 16 millions vers 1980, 32 millions vers l’an 2015, c’est-à-dire dans quelques générations. Or, d’après la faible vitesse de l’accroissement général de la population française, c’est à peine si en l’an 2015 notre pays compterait 70 millions d’habitants. Il est chimérique de supposer que près de la moitié de la population de la France serait rassemblée dans la capitale. L’avenir ne verra donc pas une augmentation proportionnellement aussi considérable du nombre des habitants des villes. On doit admettre — et c’est une pensée qui reviendra bien souvent dans cet ouvrage — que les trente ou quarante dernières années écoulées, de 1840 ou 1850 à 1880, ont eu au point de vue économique un caractère tout particulier : la découverte de moyens de communication rapides et peu chers, la création de la grande industrie, ont transformé en un demi-siècle la face du monde civilisé plus qu’elle ne l’avait été dans les deux siècles précédents. Il s’est produit alors une sorte de crise de croissance et de renouvellement ou de rajeunissement qui, pour n’être pas encore complètement terminée, ne pourra durer toujours avec autant d’énergie.

Les villes dont la population est absolument stationnaire ou décroît n’ont été dans le récent passé que de très-rares exceptions. Pour les unes, la décadence absolue ou relative est due à des causes politiques, c’est le cas de Florence, de Turin, de Versailles ; pour d’autres, à des causes sociologiques, c’est le cas de Rouen et de Caen où la vieille « prudence normande » s’applique à diminuer le nombre des enfants et arrive au bout de quelques générations à l’extinction d’un grand nombre de familles ; pour quelques-unes enfin à des causes économiques, à un changement de culture ou à une modification d’industrie. En France, Montpellier et Avignon, victimes du phylloxera, de la maladie des vers à soie et de l’invention de certaines couleurs artificielles, nous en fournissent des exemples.