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tingué, M. Korosi, a publié de très-intéressants renseignements sur la situation des principales villes de l’Europe nous lui empruntons ceux qui suivent. Berlin, qui n’avait que 702,000 âmes en 1867, en comptait plus de 1 million en 1877, soit une augmentation de près de 50 p. 100 en dix ans. Breslau était passé du chiffre de 166, 000 habitants, en 1867, à celui de 234,000 en 1875, soit 40 p. 100 d’accroissement en huit ans. Moins favorisée de la fortune, Vienne avait cependant grandi dans des proportions assez remarquables elle avait, en 1874, 670,000 habitants, tandis qu’elle n’en possédait en 1865 que 550,000.

Les villes qui descendent ou déclinent sont une rare exception on en trouve pourtant Florence, par exemple, qui comptait 191,000 âmes en 1866 et qui n’en avait retenu dans ses murs que 177,000 en 1875. C’est un cas semblable, et pour les mêmes raisons, à celui de Versailles qui perdit après la Révolution une partie de ses habitants.

Il y a à l’accroissement des villes des causes économiques, naturelles, dont l’action se fait presque universellement sentir ; à côté de celles-là se rencontrent des causes politiques qui sont d’ordre contingent et variable puis enfin des causes artificielles ou factices.

On peut distinguer quatre causes économiques de la croissance des villes. En premier lieu, plus un pays s’enrichit, plus les voies de communication se perfectionnent pour la rapidité et le bon marché, plus les grandes villes deviennent les centres de dépôt et les appareils de distribution des produits dans tout le pays. Le grand commerce s’y établit, les entrepôts s’y créent, les vastes magasins de détail y naissent et s’y développent, déversant leurs marchandises à des centaines de lieues de distance. En second lieu, les grandes villes sont les centres de direction des administrations générales c’est là que réside la bureaucratie, or, comme on le verra plus loin, la société moderne a une tendance à prendre de plus en plus une organisation bureaucratique. Nous ne parlons pas seulement de la bureaucratie de l’État, mais de celle de toutes les grandes sociétés,