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S’il est un fait démontré par l’expérience, c’est que les sociétés immobilières sont exposées à de grands risques et que la plupart au bout de quelques années font naufrage. C’est ce qui est arrivé à la célèbre Société immobilière fondée en France sous le second empire. En Allemagne et en Autriche la plupart de celles que l’on créa dans la période des Fondations (Grunderthum), qui suivit la guerre de 1870-1871, eurent le même sort. Il faut une singulière prudence, une vigilance de tous les instants pour qu’une société immobilière échappe aux mauvaises chances, pour qu’elle arrive à la prospérité et surtout pour qu’elle s’y maintienne. Rien, en effet, n’est aléatoire, décevant comme les placements en terrains l’imagination, l’entraînement qui dans les périodes de bas prix des capitaux ou d’essor des affaires portent à édifier des quartiers entiers, conduisent d’ordinaire à de prompts et de cruels déboires. On ne peut supposer à l’État ni aux villes plus de sagacité, plus de tact, plus de circonspection en même temps, qu’à toutes les sociétés anonymes qui se sont créées pour la construction et l’exploitation d’immeubles et dont la plupart ont si misérablement échoué. Puis l’extension indéfinie des attributions de l’État ou des municipalités n’est désirable ni pour l’équilibre des finances et la clarté des budgets, ni pour l’indépendance des citoyens, ni pour l’impartialité de l’administration. Le courant actuel qui porte à investir l’État de tant de nouvelles fonctions, celles des transports, de l’assurance, de l’éclairage, etc., menace singulièrement les libertés publiques et la dignité des mœurs politiques. L’État devient une trop riche proie la lutte des partis tourne en lutte pour l’existence l’instabilité déjà si grande des fonctions publiques, sous tout régime démocratique et parlementaire, en devient un véritable fléau.

Si les sociétés immobilières à proprement parler offrent des chances si modiques de réussite, les sociétés pour la gestion des immeubles en présentent, dit-on, de plus sérieuses on sait que plusieurs sociétés anonymes se sont constituées pour cet objet en France dans l’année 1879. Se substituer au propriétaire, administrer à la fois mille immeubles au lieu d’un ou