Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/189

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


viande, du beurre, des légumes, si cette baisse vient à se produire comme on l’espère.

La diminution de la rente de la terre, c’est un bien grand acheminement vers une moindre inégalité des conditions. La nature et l’homme travaillent de concert et inconsciemment à rendre les conditions de vie moins inégales pour les membres du genre humain. Deux grandes causes surtout d’inégalité existaient, la différence de situation des terres, la différence d’éducation et d’instruction des hommes. Ces deux différences ne disparaîtront jamais complètement ; mais elles s’atténuent.

En même temps que la rente de la terre est atteinte soit dans son chiffre actuel, soit surtout dans son développement régulier, il devient nécessaire de modifier les modes de tenure. La réunion de l’exploitation et de la propriété dans les mêmes mains sera chaque jour davantage le fait prédominant. Les propriétaires ruraux riches devront se faire agriculteurs, mais agriculteurs sérieux, pratiques, professionnels, résidant sans absence, prenant les mœurs de la vie rurale et se pliant à ses nécessités ; ou bien encore ils se feront les associés, les commanditaires des paysans, et le métayage renaîtra sous des formes plus élastiques et plus variées. Quant à la classe des fermiers, elle ne disparaîtra pas à coup sûr mais il est bien probable qu’elle perdra du terrain, à moins que les clauses des baux ne se modifient à l’avantage des tenanciers.

Sous le coup de la baisse de la rente de la terre, la face des campagnes se renouvellera il y aura moins d’inégalité de fortunes, moins de dissemblance d’habitudes, moins d’écart entre l’oisiveté des uns et l’opiniâtre travail des autres il y aura aussi plus de capitaux dans les champs, plus d’instruction dans la population rurale, plus de goût du progrès et plus de progrès.