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naires, mais il est de règle que ceux-ci doivent seuls y être employés on n’aurait recours à des étrangers que s’il fallait un plus grand nombre de bras. L’exploitation de la ferme est confiée à l’un des ouvriers qui, à titre d’agent, reçoit, en sus de son salaire ordinaire, le mince traitement d’un shilling (1 fr. 25) par semaine. L’administration financière est surveillée par un comité de quatre membres, renouvelé annuellement par moitié. Quoique le capital social n’atteignit pas le chiffre que les fermiers anglais jugent nécessaire pour faire valoir la terre, l’association prospéra. Elle augmenta sa ferme de 130 acres (60 hectares environ), et, pour faire face à ses nouvelles dépenses (le prix de son fermage est de 200 livres sterling ou 5,000 francs), elle s’adjoignit six actionnaires. L’emprunt fait à M. Gurdon fut remboursé. Elle devint propriétaire de tout le matériel de la ferme, comprenant six chevaux, quatre vaches, cent dix moutons et une trentaine de porcs. Elle assura ses bâtiments pour 500 livres (12,300 francs), et elle vit enfin ses actions, émises au capital de 3 livres sterling (75 francs), atteindre le cours extraordinaire de 51 livres (1,250 francs) ou plus de seize fois leur valeur première[1]. »

Ainsi s’exprimait M. le comte de Paris en 1869 : il ajoutait qu’une société analogue s’était fondée dans le voisinage en 1884, sur une échelle un peu plus considérable. Peut-être pourrions-nous faire remarquer que quelques-unes des circonstances où est née et où a fonctionné la société d’Assington sont exceptionnelles par exemple, le prêt de presque tout le capital fait par un homme généreux, on ne nous dit pas si ce prêt portait intérêt. La modique, l’insignifiante rétribution du chef de l’exploitation peut passer aussi pour une condition favorable qui ne se représentera pas toujours. Nous aimons mieux admettre que les sociétés coopératives peuvent s’appliquer à l’exploitation et à la propriété du sol, comme à toute autre branche d’activité humaine, et y réussir. L’écueil de ces sociétés, alors

  1. Les Associations ouvrières en Angleterre, p. 301 et suiv.