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sation, tendances qui consistent à sauvegarder de plus en plus et à développer chaque jour davantage la liberté des personnes et la facile circulation des biens. Il n’est pas prouvé, d’ailleurs, que ces communautés de famille, reste respectable d’un autre temps et d’autres mœurs, soient particulièrement favorables aux progrès de la production[1].

Le second type de la propriété sociétaire, c’est celui qui repose sur la société agricole coopérative. Toutes les faveurs de Stuart Mill lui étaient acquises. Il a obtenu aussi l’adhésion et les éloges de M. le comte de Paris. Nous ne connaissons qu’un seul exemple de ce mode de propriété sociétaire, c’est la société coopérative d’Assington dans le Norfolk. Encore nous trompons-nous en parlant ici de propriété sociétaire, car l’association coopérative d’Assington est fermière, et non pas propriétaire mais, comme les difficultés de l’organisation de la propriété sociétaire concernent presque uniquement l’exploitation du sol, on peut considérer l’association coopérative d’Assington comme un modèle de ce que l’on peut attendre, dans les circonstances les plus favorables, de la propriété sociétaire. En 1830 un propriétaire des environs du village d’Assington s’avisa d’affermer 60 acres (27 hectares environ) de terres médiocres à une association de quinze laboureurs qui prirent le nom de Société coopérative agricole d’Assington. « Chacun apporta au fonds commun la modeste somme de 3 livres sterling (75 francs) et une avance de 400 livres sterling (10,000 francs) faite par M. Gurdon compléta le capital social. Les habitants de la paroisse peuvent seuls être actionnaires et, s’ils la quittent, ils sont obligés de vendre leur part. La ferme, n’offrant de travail régulier qu’à cinq hommes et deux ou trois jeunes garçons, ne peut occuper tous ses action-

  1. Quant à la propriété indivise du clan ou du village, que célèbre aussi M. Le Play, elle est loin d’assurer la sécurité et la prospérité des habitants. Le Journal Officiel du 22 mai 1880 contient, d’après le journal russe le Nouveau Temps, le récit de quelques désastres qui ont frappé pendant l’hiver précédent les tribus pastorales du Don, du Volga, de l’Oural ; là où il y avait des centaines de mille têtes de bétail il n’y en a plus que des dizaines de mille ; toutes ces tribus précédemment nomades se mettent maintenant à coloniser et à se faire agriculteurs ; c’est ce qui arrive surtout parmi les Kirghises.