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occupaient les deux tiers du territoire de cette commune et vingt autres se partageaient le reste. Au moment où écrivait M. Hippolyte Passy, c’est-à-dire vers 1850, il y avait dans le même territoire 4,600 parcelles pour 1,612 hectares appartenant à 591 propriétaires. Le bétail, si on ramenait à une même unité le gros et le petit, avait augmenté de 50 p. 100 ; encore l’accroissement eût-il été plus sensible si on eût tenu compte de la qualité et du poids[1]. Près de trente ans plus tard, un vieillard presque octogénaire M. de Montalivet, contemporain des discussions si vives dont la Restauration avait été témoin sur les mérites respectifs de la grande et de la petite propriété, écrivait, sous le titre de « Un heureux coin de terre », une monographie de deux communes de la Nièvre où il montrait quels progrès matériels et quel bien-être le régime de la petite propriété, joint à d’autres causes, avait amenés dans les campagnes : de 1820 ou de 1825 à 1875 la face de la terre en avait été transformée.

On argüe souvent du morcellement et de la dispersion des parcelles contre la petite propriété ; M. Hippolyte Passy fait tourner cette critique en éloge. Chaque paysan, dit-il, veut avoir dans la commune un coin de terre propre à chaque culture un labour, par exemple, une vigne, un jardin potager, une châtaigneraie, une prairie. Cela lui fournit un excellent emploi du temps ; bien loin qu’il le perde ou le gaspille, il trouve ainsi à s’occuper toute l’année, ces différentes productions ne se faisant pas au même moment. Quant aux quarts d’heure qu’il emploie pour se rendre de l’une à l’autre de ses modestes possessions, ils ne sont perdus qu’en apparence ; ils profitent à la santé, à la bonne humeur ; la promenade serait-elle donc interdite à l’ouvrier des champs ? C’est par la petite culture que ce dernier échappe à la spécialité absorbante, à l’accablante uniformité des tâches. Il réalise, dans la mesure qui est possible, les merveilles de la « passion papillonne » de Fourier.

La petite culture produit autant d’excédant net que la grande ; elle peuple plus les campagnes et elle entretient autant de po-

  1. H. Passy, Des systèmes de culture, pages 113 et 114.