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travaux agricoles n’ont pas l’uniformité des occupations et des travaux industriels ; ils se plient, par conséquent, beaucoup moins à une vaste organisation qui procéderait d’après des règlements fixes. Plus l’agriculture se développe, plus l’avantage des grandes exploitations diminue. Quand il s’agit uniquement d’opérations simples, comme de mettre le terrain à nu en arrachant, en brûlant ou en coupant les arbres à raz du sol, d’ouvrir la terre avec des charrues perfectionnées, de faire la récolte aussi avec les engins qui économisent le plus de main-d’œuvre, ou bien encore quand on n’a d’autre tâche que de mettre et d’entretenir des palissades autour d’espaces immenses, d’y laisser vaguer les troupeaux en ayant soin qu’ils ne s’égarent pas, de tondre ou d’abattre les bêtes, sans doute les gros capitaux ont un avantage signalé l’esprit de combinaison en évitant les déperditions de forces humaines donne des résultats beaucoup plus grands qu’une quantité d’efforts disséminés et incohérents. Mais ces conditions ne se rencontrent qu’au début de la civilisation ; bientôt elles ont disparu. Il n’y a guère que deux produits agricoles qui réussissent très bien dans les vastes exploitations les céréales et l’élevage du bétail. Ce sont les principaux, dira-t-on ; mais même pour ceux-là la petite et la moyenne culture peuvent très-aisément lutter contre la grande quand la période du défrichement et du peuplement est passée. Au contraire, la grande culture, du moins la culture géante, ne peut guère lutter contre la petite pour tous les produits accessoires dont l’importance va en croissant.

Tous les produits perfectionnés, les légumes, les fruits, le vin, la volaille, le beurre, le fromage[1], s’accommodent mieux de petites ou de moyennes exploitations que de trop vastes. L’importance de l’œil du maître sur tous les détails de la production devient d’autant plus grande que l’agriculture se fait

  1. On pourrait nier ces faits pour le beurre et le fromage, les associations commues sous le nom de fruitières ayant considérablement perfectionné l’art de faire le fromage et le beurre mais ces associations ne s’appliquent qu’à la fabrication même, et jamais il n’est venu à l’idée des propriétaires associés de mettre en commun leurs troupeaux, leurs pâtres, leurs bergeries, etc.