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terre pourraient se constituer sous cette forme dans la plupart des contrées est médiocrement réjouissante.

L’élevage du bétail en Australie se fait aussi fréquemment dans des propriétés d’une étendue et d’une importance colossales. Un correspondant du Journal des Débats[1] écrivait à la fin de 1879 qu’il avait visité près de Newcastle le domaine d’un squatter, un de ces capitalistes qui louent au gouvernement de vastes espaces pour en faire un squatter ou terrain de parcours. La propriété couvrait 290, 000 acres, soit 118, 000 hectares, l’équivalent d’un arrondissement de France. Dix mille têtes de gros bétail et 100, 000 moutons s’ébattaient sur cette superficie le squatter avait planté en trois ans 480 kilomètres de barrières. De telles exploitations ne sont pas exceptionnelles dans la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud et dans celle de Victoria[2].

Doit-on conclure de ces faits venant appuyer des raisonnements que la grande propriété va tout envahir ? Tant au point de vue de la théorie qu’à celui de la pratique, une semblable conclusion serait téméraire ; rien ne l’autorise, à mon avis.

L’identité de situation que l’on croit constater entre l’agriculture, d’une part, et l’industrie et le commerce, de l’autre part, n’existe pas ou n’existe que lors du défrichement, au moment même de la mise en culture. Les occupations et les

  1. Numéro du 15 janvier 1880.
  2. D’après le recueil Colonies and India, cité par le Tour du monde du 22 mai 1880, il y aurait dans la colonie de Victoria un domaine (estate) de 40,000 hectares, un autre de 36,000, un de 32,000, trois de plus de 24,000, deux de plus de 20,000 et six de plus de 16,000. Ces énormes domaines ne représentent pas, cependant, une valeur aussi grande qu’on le pense. Il est difficile d’estimer à plus de 6 ou 7 francs en moyenne le revenu net de l’hectare de ces grandes exploitations il en résulterait que dans la colonie de Victoria on trouverait un domaine de 240, 000 à 280,000 fr. de revenu, un de 240,000 à 252,000 fr., trois autres de 144,000 a 168,000 fr., deux de 120,000 à 140,000 fr. et six de 96, 000 à 112, 000 francs de rente. Encore ces évaluations sont-elles peut-être trop élevées, si l’on considère que sur ces énormes étendues une très-petite partie seulement est défrichée et que les produits ont à subir tous les frais de transport, de commission et autres pour arriver sur le marché européen. En tout cas, il est probable que ces énormes domaines se morcelleront au fur et à mesure de l’introduction de la culture intensive.