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aucun intérêt réel. Pressés par les exigences de la vie contemporaine et presque toujours à l’étroit dans leurs budgets, ils congédient leur ancien fermier, bon cultivateur et bon payeur, dès qu’un nouveau venu leur promet 10 ou 15 p. 100 de rente de plus, qu’il ne paiera pas ou qu’il paiera mal. Avec un bail de neuf ans, ce n’est guère que dans la troisième année que le fermier est bien installé et qu’il commence à s’identifier à sa terre, mais trois ans avant l’expiration du bail les doutes surgissent dans son esprit sur le renouvellement. Il est donc presque toujours sous la crainte d’une expulsion ou d’une augmentation. Les baux devraient avoir au moins dix-huit ans de durée, même trente ans, pour tirer le fermier de ces perplexités et lui permettre une culture de père de famille. Dans les années de mauvaise récolte le propriétaire devrait aussi se montrer plus accommodant qu’il ne l’est et accorder parfois des réductions de loyer. Il peut s’y refuser en droit strict, mais alors la profession de fermier devient bien chanceuse.

Les clauses relatives à l’entrée et à la sortie ont aussi leur importance. Une question souvent débattue est celle de l’indemnité à accorder au fermier sortant pour les amendements permanents, pour les engrais et les arrière-engrais. Il y a des arguments dans les deux sens là où la culture reste extensive, ces indemnités sont inutiles ; là où elle est intensive, il est difficile de ne pas les accorder sans porter à la terre un préjudice. Dans les Flandres, suivant M. Émile de Laveleye, on les admet généralement. On s’y trouve bien de ce régime, et l’indemnité s’élève dans certains cas jusqu’à 300 francs par hectare, il s’agit d’un pays de petite culture aussi intensive que possible. Un agronome anglais, M. Caird, critique cette clause, parce que le fermier entrant, qui doit faire cette restitution au fermier sortant, voit son capital diminuer d’autant. Cela est vrai, mais l’objection n’est pas topique puisque le fermier entrant bénéficie de ces engrais qu’il paie seulement, cet accroissement du capital d’exploitation rend encore plus malaisé le recrutement des fermiers.

La situation du fermier dans la société moderne est donc