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sacrifier à la vie tout ce qui vaut que l’on vive. C’est à cette maxime que, dans un accès de pessimisme, Stuart Mill semble être revenu : une fourmilière humaine où des habitants affairés, uniformes de vie et d’habitudes, se presseraient à l’extrême limite des moyens d’existence.

Cependant, même en admettant cet étrange idéal de la société, on pourrait soutenir que les observations de Stuart Mill ont une portée bien moindre que celle qu’elles paraissent avoir. Ces grands parcs que critique l’économiste anglais, sous le régime de la liberté complète des transactions immobilières, vont chaque jour en se réduisant ou en s’émiettant. S’il en existe encore en Angleterre et en Écosse, c’est que la propriété y est garrottée dans des liens féodaux qui en arrêtent la disposition naturelle. Ces parcs, d’ailleurs, ces jardins sont-ils un si grand mal ? N’est-ce pas là seulement que l’on retrouve quelques images réduites de la nature primitive dans toute sa variété ? La terre ne deviendrait-elle pas la plus terne, la plus insupportable des prisons, si elle ne consistait qu’en une succession ininterrompue d’emblavures ou de champs de pommes de terres ? Parcs et jardins, grands ou petits, ont une autre et plus positive utilité que de conserver la parure de la nature et le sens esthétique. Ils maintiennent à travers les champs des oasis boisées et des abris pour les oiseaux ; oiseaux et bois, n’est-ce pas ce qui manque le plus à la culture moderne, et la plupart des fléaux qui frappent nos récoltes ne viennent-ils pas de ce que, dans son ardeur imprudente pour le lucre, l’agriculteur a supprimé les oiseaux et les bois. La première critique que Stuart Mill adresse à la propriété doit donc nous laisser indifférents. Bien loin que les parcs soient inutiles, nous voudrions que chaque ville de plus de 5 à 6,000 âmes eût dans son voisinage un véritable parc de 10 à 20 hectares pour la libre jouissance des habitants. Ces parcs ne feraient pas double emploi avec les promenades étroites que l’on nomme jardins publics.

Une autre critique plus sérieuse, du moins en apparence, a été formulée par Proudhon. L’intérêt du propriétaire ne se-