Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/129

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


chantier de construction ou d’un lieu de réunion, ne doublent-ils pas, ne décuplent-ils pas l’achalandage d’une boutique et le revenu du détaillant ? Il en est de même des professions libérales. Qu’une ville se transforme ou s’accroisse, les médecins, les avocats, les architectes qui y sont établis, voient leur situation s’améliorer subitement ou progressivement par le seul fait de circonstances sur lesquelles leur volonté et leur intelligence ne peuvent rien. Les ouvriers eux aussi éprouvent les effets bienfaisants ou défavorables du hasard. Dans une ville qui grandit, dans une industrie qui se développe et qui gagne tout à coup la faveur publique, les ouvriers qui sont en possession voient leurs salaires naturellement s’élever ; des circonstances contraires amènent des effets opposés. On dira peut-être que dans tous ces cas la concurrence vient bientôt réduire les gains anormaux des ouvriers, des commerçants et des hommes adonnés aux professions libérales ; mais cette concurrence est toujours tardive et elle n’a que des effets partiels ; les premiers venus gardent longtemps l’avantage du premier occupant.

La propriété foncière n’est pas dans une situation différente. Les propriétaires profitent de toutes les circonstances extérieures favorables, ils souffrent de celles qui sont contraires. Ces dernières sont aussi fréquentes que les premières. Le célèbre économiste allemand Roscher cite bien des cas où l’ensemble de la propriété foncière d’un pays a diminué de revenu et de valeur ç’a été le cas en Angleterre de 1820 à 1840, et les yeux expirants de Ricardo ont pu voir la décroissance de la rente dans son pays au retour et à l’affermissement de la paix. C’est le cas de nouveau pour la Grande-Bretagne et pour toute l’Europe depuis 1878. Dans le Mecklembourg, de 1817 à 1827, il y eut une baisse de 15 à 40 pour 100 de la rente du sol[1].

Adam Smith nous apprend qu’au dix-huitième siècle les comtés les plus proches de Londres firent une pétition au parlement contre la construction de chaussées dans l’Angleterre du Nord

  1. Roscher, Grundlagen der National Œkonomie.