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en Belgique s’est élevée à 107 millions de kilogrammes, d’une valeur de 27 millions de francs ; ces quantités équivalent au poids de 1,302,000 hectolitres de blé. Si le cultivateur américain, importateur en Europe, supporte les frais de transport sur son produit, le blé ou la viande, le cultivateur européen le paie sur ses engrais, c’est-à-dire sur ses matières premières et tandis que le fret du blé ne dépasse pas 50 ou 60 francs la tonne, de l’extrémité du bassin du Saint-Laurent au Havre ou à Anvers, le fret de la tonne de guano s’élève au-dessus de cent francs.

Dans ces conditions il s’en faut de beaucoup que la rente de la terre en Europe puisse équivaloir à la totalité des frais de transport qu’ont à payer les produits américains, australiens ou autres. Quand on l’examine de près et comme phénomène général dans tout un pays, on voit la rente de la terre s’évaporer presque complètement et ne laisser qu’un reliquat à peu près imperceptible comme ces corps composites que l’on soumet au creuset et qui, après la désagrégation de tous les éléments volatiles, ne fournissent qu’un résidu infinitésimal.

Encore doit-on penser que les prix actuels de transport pour les produits étrangers baisseront, suivant toutes les vraisemblances, avec les progrès de la civilisation, et qu’un jour peut-être il n’en coûtera que 1 fr. 50 ou 2 fr. par hectolitre pour amener en Europe les blés des antipodes. Avec la facilité croissante des communications, il est sage de considérer le revenu des propriétaires comme équivalant tout au plus à l’intérêt des sommes engagées depuis deux ou trois mille ans dans la culture et incorporées au sol. Il est même presque certain que dans la généralité des cas le fermage reste fort au-dessous de l’intérêt de tous ces capitaux accumulés. Dans l’industrie agricole, comme dans beaucoup d’autres industries, les progrès de l’art font parfois que les anciens capitaux immobilisés produisent une utilité moindre que les nouveaux capitaux ; ils vont en se dépréciant ; cette vérité a été entrevue par Bastiat qui, dans cette question de la rente de la terre, a cependant manqué souvent de mesure et de précision.