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faudrait comparer la progression du revenu net du propriétaire avec la progression des bénéfices nets des fermiers, et en second lieu, avec la progression du prix de la main-d’œuvre. Nous glisserons sur le premier point qui n’est pas susceptible, d’ailleurs, d’analyses bien précises. La question du fermage et de la situation du fermier sera traitée dans un des chapitres suivants. Ce que l’on peut dire dès maintenant, c’est que le fermier a pris une part beaucoup plus considérable que le propriétaire dans l’augmentation de la production agricole. Ce n’est pas à proprement parler que le taux de l’intérêt et des bénéfices qu’il réclame pour ses avances se soit accru, mais ses exigences et celles de sa famille pour le confortable de la vie ont singulièrement augmenté. Il ne considère comme bénéfice réel que ce qu’il est en état de mettre de côté chaque année, après avoir prélevé sur ses rentrées son entretien et celui de son ménage. Or, il ne se résigne plus à l’habitation obscure et étroite, au mobilier rare et pauvre, à l’alimentation sobre et simple, au travail personnel incessant et rude qu’acceptaient les fermiers anciens ; il lui faut une vie confortable, large, en partie oisive, et les dépenses qu’elle occasionne il les considère comme des frais généraux qui lui sont dus et qu’il doit recouvrer avant tout bénéfice. Ces habitudes sont devenues maintenant générales dans la classe des fermiers et elles absorbent une proportion très considérable de la progression du revenu brut des terres. Bien des personnes s’émerveillent de ce que les prairies de la Normandie, par exemple, n’aient pas haussé davantage en revenu net pour le propriétaire et en valeur vénale depuis trente ou quarante ans, alors que le prix du beurre, du fromage, du lait, des œufs, de la viande s’est tellement accru ; c’est au fermier, non pas à titre de bénéfice sur son capital, mais uniquement à titre de frais généraux pour l’entretien de son ménage, qu’est échue une forte part de cette augmentation des prix ; une autre part, considérable aussi, revient aux ouvriers et aux serviteurs de ferme et ce n’est guère qu’une parcelle infime qui profite au propriétaire. Sur bien des points le doublement du prix des den-