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soit sur le dixième du territoire mais il s’en faut de beaucoup que le drainage soit la seule forme sous laquelle les capitaux s’incorporent au sol. Malheureusement, il est fort difficile d’estimer avec quelque approximation le montant des capitaux qui viennent ainsi s’immobiliser dans la terre ? Essayons de le faire, cependant.

On a vu que de 1831 à 1874 le revenu net de la terre, évalué en argent, a augmenté de près de 50 pour 100, passant de 1, 900 millions de francs en 1851 à 2 milliards 750 millions en 1874. Quels capitaux peuvent dans ce même intervalle être venus s’incorporer au sol pour en augmenter la puissance productrice ? Nous ne parlons ici que des capitaux privés, et non des sommes que l’État ou les localités consacrent aux chemins, aux dessèchements, etc. On évalue à 1,200 ou 1,500 millions de francs, l’épargne annuelle de la France qui vient à la Bourse de Paris se fixer en placements mobiliers. Est-il téméraire de supposer qu’une somme égale au tiers de celle-là est employée chaque année en défrichements, en plantations, en drainages, en clôtures, en constructions neuves, en chemins d’exploitation, etc ? Non certes. Ce serait ainsi 500 millions par an, soit à peine dix francs par hectare, que les propriétaires français emploieraient en améliorations agricoles de diverses natures. Pendant les vingt-trois années de la période de 1831 à 1874, cette affectation annuelle de 500 millions produit une somme totale de onze milliards et demi. Voilà, croyons-nous, le minimum des capitaux utilement et intelligemment incorporés au sol pendant ces vingt-trois années. Or, un capital de onze milliards 500 millions à 5 pour 100, taux légitimé par les risques courus, doit produire une rente annuelle de 573 millions de francs. De combien a augmenté le revenu net foncier rural de 1851 à 1874 ? De 850 millions, dont il faut déduire plus de cent millions d’augmentation d’impôts, et probablement 75 ou 100 millions encore pour l’entretien des bâtiments accrus, des clôtures plus nombreuses, etc. Il reste donc à grand’peine la représentation équitable des capitaux qui ont été engagés dans la terre. Les propriétaires considérés dans leur ensemble et comme classe