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diminution de la puissance d’achat de l’or et de l’argent ? Les observateurs les plus sagaces, les calculateurs les plus minutieux, M. Jevons en Angleterre, M. Soëtber en Allemagne, M. de Foville en France, la fixent à 20 ou 28 pour 100 depuis 1850 on peut bien la porter à 30 ou 40 pour 100 depuis 1790.

En tenant compte de ces observations l’augmentation du revenu réel de l’ensemble des propriétaires fonciers ruraux est beaucoup moins considérable que l’augmentation du revenu apparent de la même classe. Au lieu que ce dernier s’est accru en France de 130 pour 100 depuis 1790, qu’il a presque doublé depuis 1815, et qu’il a augmenté de 50 pour 100 depuis 1851, le revenu réel, c’est-à-dire la puissance d’achat, n’a augmenté que de 50 à 60 p. 100 depuis 1790, de 30 à 40 pour 100 depuis 1815, de 15 ou 20 pour 100 depuis 1851.

Voilà le montant réel de la plus-value du revenu net de la classe entière des propriétaires ruraux en France le taux en est beaucoup plus modeste qu’on ne le pensait au premier abord. En Belgique, il est vrai, l’augmentation du revenu net réel de la classe des propriétaires ruraux reste plus considérable elle atteint 40 pour 100 depuis 1830 ; il en était à peu près de même en Angleterre avant la crise qui a commencé vers 1875.

Passons au second fait, l’impôt : On a l’habitude de dire qu’il est resté stationnaire ou que même il a diminué depuis 1790. Ce langage prête à beaucoup de confusions. Il est exact que le principe de notre impôt foncier, c’est-à-dire la partie qui est perçue pour l’État, a été l’objet de réductions graduelles depuis 1797 jusqu’en 1821, depuis lors, il n’a pas varié. Mais de 1790 jusque vers les premières années de l’Empire l’impôt foncier figurait dans les budgets pour un chiffre beaucoup plus élevé que celui des perceptions il rentrait mal, l’arriéré était énorme c’était donc un impôt qui n’était qu’en partie effectif et en partie nominal. En outre, si, après des abaissements successifs jusqu’en 1821 ; le principal de l’impôt foncier est resté stationnaire en France, il n’en a pas été de même de la partie primitivement accessoire et toujours mobile de l’impôt foncier, à savoir les centimes additionnels départementaux et commu-