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les fermages haussent spontanément, sans sacrifices et sans efforts de la part du propriétaire. D’où vient donc l’augmentation énorme, que l’on a constatée dans presque tous les pays, de l’ensemble des revenus fonciers ruraux ? Puisque cette augmentation n’est pas un simple don de la nature, quelles en sont les causes ? Il est bon de comparer cet accroissement des fermages avec celui des produits agricoles, des salaires agricoles et des capitaux incorporés au sol.

Reprenons quelques-uns des chiffres donnés dans un précédent chapitre. En Angleterre, le revenu net de la terre était évalué à 500 millions de francs en 1800, à 700 millions en 1804, à 780 en 1838, à 1,200 en 1857[1], à 1,400 ou 1,500 en 1875. Il s’agit ici de l’Angleterre proprement dite, l’Irlande et l’Écosse restant en dehors. Ce qui frappe, c’est l’énorme plus-value dans la période comprise entre la première et la dernière de ces dates le revenu net de la terre a presque triplé en trois quarts de siècle, presque doublé de 1838 à 1875, soit en trente-sept ans. Un autre fait qui ne doit pas échapper à l’attention, c’est que cette hausse ne s’est pas répartie également sur toute la période de 1804 à 1838 il y a eu un temps d’arrêt le revenu net est resté stationnaire, c’est qu’en effet, comme on l’a vu dans un précédent chapitre (page 95), beaucoup de fermages en Angleterre ont baissé d’un tiers, ou d’un quart, quelques-uns de moitié entre 1815 et 1840. Une baisse nouvelle et très-considérable aussi se produit au moment où nous écrivons depuis 1875 la plupart des fermages ont baissé en Angleterre de 10 ou 15 p. 100, quelques-uns de 20 ou 25 p. 100 : Ces deux exemples prouvent encore par surcroît la faible part de vérité pratique contenue dans les observations de Ricardo.

En Belgique, d’après le rapport de M. de Laveleye, de 1830 à 1865 le prix moyen des fermages a passé de 57 fr. 25 à 108 fr.

  1. D’après les déclarations faites pour l’Income tax, le chiffre exact de la valeur locative de la terre en Angleterre, en 1857, aurait été de 1 milliard 80 millions de francs seulement ; en 1815, de 1 milliard 250 millions ; mais les propriétés appartenant à des personnes n’ayant pas 2,500 fr. de revenu ne sont pas comprises dans ces chiffres.