Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/108

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


riques, le continent australien, l’Asie centrale, le Soudan, les côtes et le centre de l’Afrique, la Russie d’Europe et d’Asie, les nombreux archipels de l’Océanie renferment des centaines de millions d’hectares de terres vacantes, inexploitées ou insuffisamment exploitées qui égalent en fertilité naturelle les meilleures de l’Europe. Le privilège de fertilité pour les terres européennes devient donc chaque jour une cause décroissante de rente de la terre bien loin que le progrès de la civilisation doive amener de ce côté une hausse des fermages, il aurait plutôt pour résultat de les déprimer. Reste le privilège de situation qui est une autre cause de la rente de la terre ; mais ce privilège lui-même va chaque jour en diminuant ; les progrès des voies et des moyens de communication, l’abaissement du prix de transport par voie ferrée, et surtout par eau, est tel qu’il en coûte moins aujourd’hui pour faire venir une tonne de blé du Minnesota ou du Manitoba à Paris qu’il n’en coûtait, il y a un siècle, de la faire venir à Paris du milieu de la Beauce ou de la Brie. On n’estime pas à plus de 50 à 60 francs par tonne, soit 3 fr. 50 ou francs par hectolitre de blé le prix de transport du Minnesota au Havre. Or, la production moyenne de l’hectare de blé en France est de 14 hectolitres le maximum de la rente de la terre, provenant de la supériorité de situation des terres françaises, serait donc de 50 francs environ en moyenne par hectare. Mais il faudrait notablement réduire ce chiffre pour tenir compte de circonstances qui ne sont pas négligeables. En premier lieu, le blé produit sur la ferme normande doit être lui aussi transporté au marché, ce qui le grève toujours de quelques frais par hectolitre. En second lieu l’Amérique et les pays neufs ont l’avantage précieux de la culture errante, sans engrais, se déplaçant du champ épuisé au champ encore vierge ; ils ont aussi la facilité qu’offrent pour le labourage et la récolte de vastes plaines qui ne sont pas morcelées en petits lots. En France, au contraire, la plupart des engrais doivent venir de loin : les guanos, du Pérou ; les nitrates, du Pérou aussi et de Bolivie ; les phosphates, du Portugal ; et les frais de transport que l’agriculteur américain