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tout dans un état de société où le capital est peu abondant, où l’esprit de combinaison et d’association fait défaut. À l’origine de la culture on produit presque uniquement du blé, qui est le premier besoin de l’homme ; on laisse en marais, en landes, en pâtures vagues, les terres les mieux douées de la nature qui plus tard deviennent de riches prairies ou servent aux productions perfectionnées et à l’agriculture industrielle. Les terres mises les dernières en culture valent donc beaucoup mieux que les anciennes. Jusqu’à un certain point du moins, ces observations sont exactes : l’Amérique et la plupart des contrées neuves en donnent la preuve. On cultivera les plateaux avant de cultiver les rives de l’Amazone. De là viennent les lacunes de la théorie de Ricardo et de celle de Malthus. Ainsi s’explique que, malgré l’augmentation de population, le genre humain soit mieux approvisionné de subsistances qu’auparavant et à moindre prix. Autrefois les hommes étaient incapables de drainer et de défricher les sols riches, de vaincre la fièvre même qui souvent s’y rencontre. Même dans de vieux pays où la population est exubérante on voit encore les habitants ne savoir pas tirer parti des terres les plus naturellement fécondes. La Campagne Romaine en est la preuve, tandis que toutes les collines de la Toscane, beaucoup moins favorisées de la nature, sont merveilleusement cultivées.

De 1359 à 1400, d’après des auteurs cités par Carey, la population de l’Angleterre était six fois et demie plus faible qu’à l’heure actuelle. L’étendue des terres cultivées dans ce pays est aujourd’hui dix fois plus grande qu’elle n’était à cette époque, et la production par acre en ramenant à une même unité tous les produits raffinés est six fois supérieure à ce qu’elle était au quinzième siècle[1]. Aux auteurs cités par Carey on pourrait joindre le témoignage de Macaulay qui, dans sa splendide introduction à l’Histoire d’Angleterre, décrit les mœurs et la pauvreté de toutes les classes au dix-septième siècle ; la viande fraîche elle-même était une denrée qui ne

  1. Carey, Present and future, p. 54.