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BALAOO

séduit à la fois et m’épouvante… (À part lui, le juge pense : « C’est toi qui vas être épouvanté tout à l’heure, quand je te ferai connaître où t’ont conduit tes théories d’école primaire, laïque et obligatoire », car M. de Meyrentin, cousin du grand Meyrentin, de l’Institut, est resté idéaliste et antidarwinien, comme la gloire de la famille).

Coriolis. — Allons donc ! qu’est-ce qui fait l’homme ce qu’il est ? N’est-ce pas la faculté de parler ? Le langage lui permet de tenir note de ses expériences ; c’est lui qui augmente le bagage scientifique des générations successives. C’est grâce à lui que l’homme resserre toujours davantage les rapports qui le rattachent à l’homme. L’homme se distingue ainsi de tout le reste du monde animal. Cette différence de fonctions est immense et les conséquences en sont extraordinaires. Et tout cela peut dépendre, cependant, de la plus petite modification dans l’état de l’arrière-gorge. Car, qu’est-ce donc que ce don de la parole ? Je vous parle en ce moment ; mais, si vous modifiez le moins du monde la proportion des forces nerveuses actuellement en action dans les deux nerfs qui régissent les muscles de ma glotte, à l’instant même je deviendrai muet. La voix n’est produite qu’autant que les cordes vocales sont parallèles ; celles-ci ne sont parallèles que tant que certains muscles se contractent de façon identique ; et ceci dépend à son tour de l’égalité d’action des deux nerfs dont je viens de vous parler. Le moindre changement dans la structure de ces nerfs et même dans la partie où ils prennent naissance, la moindre modification même dans les vaisseaux sanguins intéressés, ou encore dans les muscles où arrive le sang, pourrait nous rendre muet. Une race d’hommes muets, privés de