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chambre, il accepta sans cérémonie, me frappa sur l’épaule et arrondit sa bouche en forme de sourire. Quel excellent homme c’était !

Il faut vous dire qu’il avait, dans l’art culinaire, de profondes connaissances ; aussi fit-il rôtir admirablement le faisan qu’il entoura d’une délicieuse sauce aux légumes. Je dois avouer que sans lui je serais resté aux légumes secs toute la journée. Une bouteille de vieux vin de Kaketinski nous aida à oublier le nombre modeste de plats de notre repas réduit à un seul, et puis nous nous assîmes pour fumer nos pipes, moi sur le bord de la fenêtre, lui tout à côté du poêle, car la journée était froide et humide. Nous nous taisions ; de quoi parler du reste ? Il m’avait déjà fait le récit de tout ce qui lui était arrivé d’intéressant, et moi je n’avais rien à lui raconter. Je me mis à regarder par la fenêtre les nombreuses maisonnettes éparpillées sur les bords du Terek. La rivière s’élargissait en serpentant au milieu des arbres, puis plus loin devenait plus bleue sous l’ombre dentelée des montagnes, derrière lesquelles le Kazbek semblait nous regarder pareil à un chapeau de cardinal recouvert de neige. Je faisais mentalement mes adieux au