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bondissaient sous la selle et en un instant, nous avions gagné beaucoup de chemin. Je reconnus enfin Kazbitch, mais je ne pouvais distinguer encore ce qu’il emportait devant lui. Et lorsque j’atteignis Petchorin je lui criai : c’est Kazbitch ! Il me regarda, hocha la tête et fouetta son cheval.

Nous n’étions déjà plus qu’à une portée de fusil de lui ; son cheval était fatigué, en plus mauvais état que les nôtres, et malgré tous ses efforts il n’avançait que péniblement. En ce moment, pensai-je, il doit se souvenir de son Karaguetz.

Je regarde ; Petchorin au galop le visait avec son fusil ; ne tirez pas ! lui criai-je : gardez-votre coup ; nous l’atteindrons sans cela ! Oh ! la jeunesse ! elle s’échauffe toujours mal à propos ! Le coup retentit et la balle cassa la jambe de derrière du cheval ; celui-ci fit encore avec peine une dizaine de pas, broncha et s’abattit sur les genoux.

Kazbitch sauta à terre, et nous vîmes qu’il portait dans ses bras, une femme enveloppée d’un grand voile, c’était Béla ! pauvre Béla ! Il nous cria quelque chose dans sa langue et brandit sur elle son poignard !… Il fallait se hâter !