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Un quart d’heure après, Petchorin revint de la chasse. Béla lui sauta au cou et ne proféra pas un reproche, pas une plainte pour une si longue absence. Et de longtemps je n’eus plus à me fâcher contre lui.

— Permettez, est-ce que depuis le moment où Kazbitch vint près de la rivière où l’on tira sur lui, vous ne le rencontrâtes plus ? car ces montagnards sont fort vindicatifs. Croyez-vous qu’il ne devina pas que vous aviez aidé Azamat ?…

— Je parierais que ce jour-là il reconnut Béla. Je savais depuis un an qu’elle lui plaisait beaucoup ; il me l’avait dit lui-même ; et, s’il avait espéré avoir une grosse dot, il l’aurait demandée en mariage.

Cet événement fit réfléchir Petchorin.

— Béla ! lui dit-il, il faut être plus prudente, et à partir de ce jour il ne faut plus aller sur le rempart ! »

Du reste j’eus avec Petchorin une longue explication ; je voyais, avec peine, qu’il n’était plus le même pour cette pauvre fille, car, non seulement il passait la moitié de son temps à la chasse, mais dans ses rapports avec elle il était devenu froid et ne lui prodiguait plus que de rares caresses.